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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

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Qu’est-ce que l’effet placebo ?
Trois chroniques de France Inter reproduites dans "Odyssée, une aventure radiophonique"
Article du 25 juin 2005

Ces trois textes ont été diffusés à 7.51 sur France Inter en janvier 2003 dans le cadre de la chronique "Odyssée". Elles font partie des textes repris dans le recueil publié au Cherche Midi, recueil dont beaucoup d’auditeurs ignorent l’existence car France Inter l’a passé sous silence... [1] (Pour en savoir plus sur mes relations avec la première station de radio publique française, lire "L’affaire Odyssée").

QU’EST-CE QUE L’EFFET PLACEBO ?
(09 janvier 2003)

L’effet placebo est un effet subjectif, mais réel, produit sur une personne par un médicament n’ayant pas d’efficacité démontrée.

Prenez la vitamine C, vitamine indispensable à l’équilibre de l’organisme. Une carence en vitamine C, comme en souffraient autrefois des marins restés longtemps en mer, provoquait une maladie qu’on appelait le scorbut et qui se manifestait en particulier par une fatigue. Le jour où les marins ont emporté à bord des fruits frais - en en particulier des citrons, qui se conservent longtemps - ils n’ont plus souffert de la fatigue du scorbut. Depuis, on sait que la vitamine C des fruits permet de soigner la fatigue du scorbut, mais chez un français vivant en l’an 2003, cet effet n’existe pas. Par conséquent, si après avoir pris de la vitamine C, vous vous sentez requinqué, c’est que vous bénéficiez d’un effet placebo.

Quand, affligé d’un terrible mal de crâne, vous avalez deux comprimés d’aspirine, si vous vous sentez déjà mieux au bout de dix minutes, ce n’est pas parce que l’aspirine fait déjà son effet (elle est encore dans votre estomac) mais grâce à l’effet placebo. Ce qui veut dire que même les médicaments efficaces sont doués d’effet placebo !

L’effet placebo n’est pas seulement véhiculé par les médicaments. Quand un parent pose un baiser sur le bobo d’un enfant, si l’enfant cesse vite de pleurer, ce n’est pas la magie du baiser qui l’a soulagé, mais son effet placebo. Quand un patient entre chez le médecin avec des symptômes inquiétants et en ressort en souffrant moins après que le médecin lui a expliqué que ses symptômes sont bénins, c’est encore grâce à l’effet placebo. Michael Balint, psychiatre anglais qui a beaucoup écrit sur la relation médecin-patient, expliquait d’ailleurs que le premier médicament du médecin, c’est le médecin lui-même. Et dans toute relation thérapeutique, le respect mutuel que s’accordent soignant et patient se concrétise par un fort effet placebo.

L’effet placebo découle de la confiance de l’utilisateur dans le médicament qu’il absorbe, mais ce n’est pas un effet magique - il déclenche, à l’intérieur du cerveau, la sécrétion de substances appelées endorphines, qui soulagent la douleur et divers autres symptômes. Autrement dit, l’effet placebo est la conséquence biochimique d’une suggestion symbolique.

L’effet placebo n’est pas négligeable : certaines expériences ont montré qu’un placebo administré avec conviction soulageait nettement des patients souffrant de douleurs intenses. L’effet placebo peut être inversé : si le médecin suggère à son patient qu’un médicament peut le rendre malade, celui-ci éprouvera des effets désagréables - c’est ce qu’on appelle un effet nocebo.

L’effet placebo est de courte durée. Lorsqu’on administre un placebo aux personnes les mieux disposées, ses effets bénéfiques durent deux ou trois jours, au plus. Ensuite, les symptômes réapparaissent. Mais cette courte durée d’action convient à la plupart des maladies, qui sont bénignes, ne durent que quelques jours et guérissent spontanément. C’est le cas, par exemple, des rhinopharyngites de l’enfant, des douleurs musculaires diverses et variées, des lourdeurs dans les jambes, de la crise de foie, de la gueule de bois, etc.

Vous aurez compris que parmi la pléthore de médicaments commercialisés en France, la grande majorité n’ont qu’un effet placebo. L’industrie pharmaceutique, qui ne cesse de pleurer sur le coût de la recherche, nous fait donc avaler des couleuvres et non des substances efficaces. Mais je vois que mes trois minutes sont écoulées... Demain, pour clore ce triptyque consacré au médicament, je vous parlerai de l’homéopathie...

A lire :

Petite encyclopédie critique du médicament, Pr Claude Béraud, Editions de l’Atelier, 2002

A noter aussi que dans le numéro spécial de juillet-août 2003 de La Recherche, consacré aux frontières de la conscience, Patrick Philippon fait le point de manière très éclairante sur ce sujet passionnant : " L’effet placebo pris sur le fait ", Patrick Philippon, La Recherche, n° 366, juillet-août 2003.

Un excellent site sur le même sujet


EST-IL POSSIBLE D’AVOIR UNE OPINION NUANCÉE SUR L’HOMEOPATHIE ?
(10 janvier 2003)

Est-il possible d’avoir une opinion nuancée sur l’homéopathie ? Je ne sais pas, mais aujourd’hui je tente le coup.

Qu’est-ce que l’homéopathie ? C’est une théorie médicale inventée par un médecin allemand, Hahnemann, à la fin du XVIIIe siècle. Sa vision du monde, héritée de théories très anciennes, lui fit postuler que les maladies pouvaient être soignées par des substances provoquant les même symptômes qu’elles - d’où le nom : " homéo " qui veut dire semblable et " pathie ", maladie.

D’après la théorie de Hahnemann, si un patient souffrait de vomissements, un vomitif le soulagerait. S’il souffrait de fièvre, une substance pyrétique la ferait baisser. Pour que le traitement ne soit pas pire que le mal, Hahnemann diluait les substances qu’il avait répertoriées plusieurs dizaines ou centaines de fois, puis secouait la dilution pour lui redonner, pensait-il, ses effets thérapeutiques. Il croyait aussi que la personnalité des gens - et leur sensibilité aux maladies - répondait à des types qu’il nommait " Ignatia ", " Soufre ", " Pulsatilla ", et qui étaient aussi arbitraires que les types astrologiques.

Rappelons que Hahnemann vivait à la fin du XVIIIe siècle. Deux cents ans plus tard, toutes les sciences ont progressé dans leur compréhension du monde, mais pas la théorie de l’homéopathie. Seulement, aujourd’hui, scientifiquement parlant, cette théorie ne tient plus debout. La méthode diagnostique de Hahnemann est aussi obsolète que celle des médecins de Molière, et on sait qu’au-delà d’un certain nombre de dilutions, plus aucune molécule n’est présente dans l’eau qui sert à imprégner les granules homéopathiques.

En 1988, un chercheur à l’INSERM (Jacques Benveniste), affirme avoir montré l’effet d’une dilution homéopathique sur une culture cellulaire ; l’expérience ne sera jamais confirmée par d’autres équipes de chercheurs indépendants. Quant à l’hypothèse selon laquelle l’effet observé serait dû " au souvenir que l’eau de dilution aurait gardé de la substance "... sa confirmation aurait remis en cause rien moins que toute les notions contemporaines sur la physique de l’univers.

Malgré l’absence de preuves scientifiques, les médicaments homéopathiques sont-ils actifs ? Oui, bien sûr, leur efficacité est réelle : elle réside dans l’effet placebo dont j’ai parlé hier - et qui, je le répète est loin d’être négligeable. Beaucoup de maladies bénignes guérissent spontanément et des bonbons au miel, des siestes prolongées ou des granules homéopathiques aident à passer le cap des premiers jours. Ce qui fait le succès de l’homéopathie en France - où l’on consomme 80 % de la production mondiale - c’est que beaucoup apprécient son caractère sympathique- presque écologique - ainsi que l’aspect inoffensif des granules, qu’on peut prendre ou donner à ses enfants comme des bonbons et le temps que les homéopathes prennent, dit-on, pour écouter leurs patients.

Loin de moi l’idée de brocarder ceux qui recourent à l’homéopathie ou à n’importe quel placebo. Je voudrais seulement leur rappeler ceci : en France, pour commercialiser un médicament homéopathique, il n’est pas nécessaire de justifier de son contenu mais seulement de son mode de fabrication : la fameuse dilution hahnemanienne. Aucune instance officielle (et aucune association de consommateurs) ne contrôle ce que contiennent vraiment les granules que vous avalez...

Souvent soucieux de nature et de vérité, les utilisateurs de traitements homéopathiques ne devraient pas, pour autant, oublier ce simple fait : l’industrie pharmaceutique ne fait pas de philanthropie, mais du commerce. Son intérêt, c’est que vous gobiez ce qu’il vous vend. Sans vous poser de question. Et rien ne permet de penser que les sociétés fabriquant des médicaments homéopathiques soient différentes des autres.


NOURRISSONS, ANIMAUX ET MALADES CHRONIQUES SONT-ILS SENSIBLES À L’EFFET PLACEBO ?
(13 janvier 2003)

Depuis ma chronique de consacrée à l’homéopathie, des centaines d’auditeurs en colère ont appelé ou écrit en protestant. Pour eux, l’homéopathie étant efficace chez le nourrisson, chez l’animal, et dans des maladies chroniques, son activité ne peut pas se résumer à l’effet placebo. Ils se seraient épargnés la peine de m’écrire s’ils étaient mieux renseignés.

L’effet placebo existe bel et bien chez le nourrisson et chez l’animal. Car il ne résulte pas de la connaissance que nous avons du fonctionnement du médicament, mais des liens symboliques que le soigné (qu’il s’agisse d’un adulte, d’un nourrisson ou d’un animal domestique ou familier) entretient avec le soignant et la manière dont il perçoit le soin qu’on lui porte.

L’effet placebo est très marqué sur les symptômes de l’asthme, des allergies, des affections rhumatismales, des maladies de peau, des maladies inflammatoires de l’intestin, maladies chroniques toutes sensibles au stress - mais aussi à ce qui l’apaise. Et ce n’est pas nier la réalité de ces souffrances que de le dire, bien au contraire, mais affirmer que la dimension affective de ces maladies doit être respectée et prise en compte.

L’effet placebo n’est pas pour autant un phénomène magique ou mystique. De nombreux travaux en démontrent la réalité. À l’hôpital, lorsque l’infirmière prend la tension des patients, cette tension est plus basse que lorsque le médecin la prend. Pour une maladie et un traitement identiques, l’efficacité de la thérapeutique est bien plus grande lorsque le soignant adopte une attitude bienveillante, explicative et rassurante que lorsqu’il est froid, distant et peu sûr de lui - et ces différences sont liées à l’effet placebo.

Des enquêtes de marketing ont montré que pour les consommateurs, un même yaourt a meilleur goût dans un emballage bleu que dans un emballage marron. Quand on donne à des volontaires des comprimés contenant une substance placebo, sans effet pharmacologique (du sucre, par exemple) en leur demandant de noter ses effets indésirables, ces comprimés provoquent de l’irritation quand ils sont colorés en rouge et de la somnolence quand ils sont colorés en bleu.

Depuis quelques mois, les praticiens qui prescrivent des molécules génériques témoignent que leurs patients sont moins bien soulagés par le paracétamol vendu sous forme de " générique " qu’ils ne l’étaient auparavant par le Doliprane, alors qu’il s’agit de la même molécule chimique. Ce qui confirme ce que l’on savait déjà - à savoir que même le nom du médicament véhicule de l’effet placebo. Et, croyez moi, les responsables du marketing des laboratoires pharmaceutiques, eux, le savent depuis longtemps. (Le nom du " Viagra " aurait ainsi été choisi parce qu’il commence comme " Virilité " et finit comme " Niagara "...)

L’effet placebo est le résultat de la grande suggestibilité et de la grande sensibilité dont nous faisons tous preuve et il est pour le moins paradoxal que les patients qui revendiquent le plus fort l’écoute, la compréhension et la bienveillance de leur médecin - à savoir, les usagers de l’homéopathie - soient aussi ceux qui refusent le plus vivement d’admettre que l’effet placebo, effet éminemment bénéfique, agisse sur eux au travers d’une thérapeutique qu’ils ont sciemment choisie ! ! !

Certes, l’effet placebo est un phénomène encore mystérieux. Mais les mécanismes neurobiologiques complexes qu’il met en œuvre dans le cerveau en font une source de soulagement bien plus écologique et plus " naturelle " que n’importe quel médicament synthétique. Alors, affirmer que l’activité de l’homéopathie résulte de son effet placebo, ce n’est pas une insulte. Sauf peut-être pour les personnes qui, par manque d’information, mésestiment la part du psychisme et de l’effet placebo dans la maladie. Et sauf bien sûr, pour les médecins - homéopathes, allopathes, ou poilopathes - qui ne tiennent pas vraiment à ce que leurs patients deviennent adultes et relativisent la " puissance " de leurs prescriptions.

Quant aux laboratoires pharmaceutiques, eux, ils rigolent...

Et pour en savoir plus, je vous recommande :
Le mystère du placebo, de Patrick Lemoine, Editions Odile Jacob.
Voir aussi cette page du même auteur


[1A noter, d’ailleurs, que depuis que j’ai assuré cette chronique, il n’a plus jamais été question de mes livres à France Inter, sauf dans "Le Masque et la Plume", dont les journalistes n’appartiennent pas à la station...

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