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Brûlot du 8 mars
Moi, j’aime pas la journée de la Meuf
par La Schtroumpfette grognonne, alias Catherine Chaumont-Marx
Article du 9 mars 2011

Femmes,

Jamais on ne vous fera payer une pension alimentaire pour un enfant que vous n’auriez pas souhaité avoir ;

Jamais on ne vous retirera votre statut de mère parce que le gamète qui a conçu votre enfant n’était pas le vôtre ;

Jamais on ne vous refusera la garde de votre enfant sous prétexte que son père est plus important ;

Jamais on ne vous accusera d’attouchements sexuels sur votre enfant pour vous priver d’un droit de garde ;

Jamais on ne minorera les violences physiques que vous subissez sous prétexte que l’autre sexe en subirait plus, ou qu’étant donnée votre musculature vous pourriez vous défendre ;

Jamais on ne vous accusera de harcèlement sexuel pour des avances répétées ;

Jamais on ne vous enverra en taule pour un rapport sexuel "par surprise" (par exemple parce que vous auriez profité de la sentimentalité d’un jeune homme pour l’obtenir), avec obligation de soins psychiatriques à la clef ;

Jamais on ne vous représentera sur des affiches comme des violeuses potentielles du seul fait de votre sexe ;

On vous accordera plus facilement un temps partiel pour vous occuper de vos enfants ;

Vous avez le choix de faire un enfant ou pas et un homme ne peut vous l’imposer ;

Jamais on ne vous obligera à prendre les armes sous prétexte que vous avez ce qu’il faut dans la culotte ;

Alors, nous sommes à égalité avec les hommes ?

Vous avez votre journée annuelle, je le déplore. Quand on cessera de penser le genre de manière binaire, on arrêtera aussi d’assigner aux femmes un rôle en fonction de leurs seuls organes génitaux...

Mais il serait temps de penser aux obstacles que vous posez à l’égalité de droits, en matière de parentalité mais aussi de traitement salarial.

L’écart de salaires peut se résoudre d’une manière très simple : arrêtez de faire des mômes ou alors imposez à votre partenaire une participation égale (se traduisant par une même possibilité d’implication dans votre vie professionnelle) et interdisez à toutes les femmes de prendre du temps pour élever leur progéniture au détriment du temps qu’elles doivent à un patron et à la cause des femmes pour que les chiffres en matière salariale soient les mêmes.

La discrimination à l’embauche sous prétexte que vous pourriez avoir un polichinelle dans le tiroir ne s’opérera plus : pour un DRH, soit vous n’en aurez pas, soit votre temps de travail sera autant impacté que celui d’un mâle.

Et puis, votez pour que les hommes puissent constituer des familles monoparentales ou homoparentales (adoption ou gestation pour autrui), pour que vous ne soyez plus les seules à détenir le pouvoir de procréation.

Et si ça ne vous convient pas, cessez vos jérémiades où tournez vous vers les responsables politiques qui n’investissent pas assez dans la création de crèches pour que vous puissiez bosser si vous en avez envie. Eux qui rémunèrent le congé parental juste assez pour que les femmes les plus pauvres y perdent en reprenant leur job...

Comment éluder le fait que des interruptions de carrière et une moindre disponibilité aient un impact logique sur l’avancement ?

Etes-vous toutes prêtes à faire le larbin pour votre patron jusqu’à pas d’heure pour gagner plus ? Les soirées ? Les week-ends ? Celles qui le font gagnent autant qu’un mec dans la même situation. Et avec un battement de cil et un décolleté pigeonnant, elles savent aussi gratter de l’avancement (un mec aura plus de mal en tortillant des fesses).

Toutes les universités et les grandes écoles vous sont ouvertes. Vous pouvez être ministre ou pilote de ligne si vous le voulez, chauffeur routier, militaire, médecin, juge... mais aussi plombier, mécano, électricienne. Est-ce une discrimination sexiste qui est à l’origine de vos désaffections pour certains postes ? Ou simplement le fait que vous ayez choisi une autre voie ? Ah oui, ça devient une conséquence du machisme quand on a plus de fleuristes filles que de fleuristes garçons...

En revanche, on entendra encore dire à un homme qu’il n’a pas à être sage-femme, que c’est une affaire de gonzesse (et pas que dans la bouche de celles qui ont eu leur diplôme avant 1981...).

Les grilles de salaire ne sont pas sexuées, sinon, je hurlerais.

Sincèrement, il y a des pays où la discrimination sexiste envers les femmes est criante : pas d’accès aux soins ou à l’éducation, obligation de se couvrir de pied en cap, de rester chez soi, de torcher les mioches et de faire la popote. Pas chez nous. Alors, la journée de la femme, où les individus de mon genre sont instrumentalisés pour faire passer des messages victimistes (ou pour faire vendre des fleurs), ça me gonfle.

Oui, luttons contre la violence : elle n’est pas moins odieuse quand elle est exercée par une femme sur un homme (les bites arrachées avec les dents pour cause d’infidélité, c’est pas un mythe). Alors, cessons de lui donner un sexe, de stigmatiser, de générer la peur de l’autre et encourageons les auteurs de violence à en sortir. Y a des groupes de parole pour conjoints violents au Québec. En France, dans les spots ignobles qu’on nous met sous les yeux et sous ceux de nos enfants, j’ai jamais vu un numéro de téléphone destiné aux conjoints violents, quel que soit leur sexe. Juste la mise en scène d’une violence sexuée, à sens unique.

Et toujours cette manière de mettre en avant que les tâches ménagères sont principalement assurées par les femmes (sans considérer que vu le nombre d’entre elles qui ont fait le choix d’arrêter de bosser ou de travailler à temps partiel quand elles sont mères, ça s’explique au moins partiellement).

Sans jamais relever positivement et avec insistance, en guise d’encouragements pour les hommes, à quel point les pères d’aujourd’hui sont différents de ceux des années cinquante ! Ils donnent le biberon (d’ailleurs, certaines femmes voudraient qu’ils ne le fissent point...), ils changent bébé, ils l’emmènent chez la nounou, ils font les courses, la popote et le ménage comme jamais dans l’histoire de l’humanité.

Mais ce sont encore eux qui s’occupent majoritairement de l’évier qui fuit, de l’entretien de la voiture, de changer un pneu, de monter les meubles, de l’électricité qui merdouille, de plâtrer, de carreler, de couper la haie, de faire le barbecue, de tondre la pelouse, du pot de cornichon qu’on ne sait pas ouvrir, d’écraser les araignées aussi, les grosses.

Mesdames, vous travaillez autant que votre conjoint et vous êtes pour l’égalité en la matière ? Ne lavez que votre assiette et ne repassez que vos fringues. You’ve got the power to do it.

Et à notre époque, nous, on préfère majoritairement les hommes célèbres et friqués. Et quand on décide de les larguer, on réclame sa petite prestation compensatoire, on garde les mômes (trrrrès souvent parce qu’on le réclame) et la maison (parce que les enfants...). Et quand on refait sa vie, c’est souvent l’occasion d’une promotion sociale (choix d’un conjoint aux revenus plus confortables).

Leurs besoins sexuels, le temps passant ? La migraine. Ou pour les plus libérées, "Pas envie"... Et pas question qu’ils aillent s’amuser ailleurs. Ils nous appartiennent. En cas de "faute", on les quittera, en les privant de leurs enfants (à travers lesquels on règlera nos comptes). Et une majorité de gens trouveront ça normal... Punis. Y avait qu’à pas...

Et juste avant de me coucher, en ce lendemain de journée de la femme... Une pensée pour les 30% d’hommes circoncis dont la plupart contre leur gré.

Oui, l’excision des petites filles est une abomination. Mais combien de femmes qui la dénoncent s’intéressent aux conséquences dramatiques parfois de la circoncision sur les petits garçons ? Infections, nécrose du pénis, voire décès ? Ou encore rétention d’urine, érections douloureuses ? Et pour la "moindre", perte de la sensibilité du gland ?

Que dire de la stigmatisation aux Etats Unis des mâles non circoncis dont ces dames trouvent le sexe "sale" ? 75% d’hommes n’y ont plus leur prépuce...

Combien de mamans, sous les conseils avisés de leur toubib, décalottent leur petit ? Combien de médecins le font encore ? Parfois jusqu’à créer un véritable phimosis qui justifiera une intervention chirurgicale...

Messieurs les hommes, je vous aime autant que j’aime les femmes, les intersexués, les trans et les hermaphrodites. C’est à dire que ce que vous avez entre les jambes ne détermine pas l’opinion que je me forge de vous. Et quand même, c’est pas tous les jours facile d’être un homme non plus...

Je ne dis pas que les mecs sont moins cons. Juste qu’on n’est pas mieux. Et qu’il n’y a pas de journée de l’homme (heureusement) pour dénoncer ce qu’ils endurent, ni le formatage social dont ils sont victimes : force, réussite, pognon, assurer sur tous les plans (on doit jouir quand on en a envie et ils sont responsables si on n’y parvient pas), patriotes guerriers au besoin, pas chialer (sauf devant un film qui nous émeut) mais aussi être beaux, intelligents, tendres, sensibles, compréhensifs, patients, "paternants", bricoleurs, galants et protecteurs. Mais bon, tout ça de manière mesurée pour ne pas heurter la féministe qui sommeille en nous et qui, selon sa sensibilité, tolérera plus ou moins bien certaines conduites...

Et puis, l’opposition binaire homme-femme, elle oublie tous les autres, ceux qu’on a du mal à ranger dans une petite case et qu’on mutile souvent pour les y faire entrer, ou qui nous font détourner le regard ou balancer des quolibets... Cette classification nous enferme dans un genre et dans des rôles définis par l’apparence de nos seuls organes sexuels. Et ça non plus, j’aime pas.

Moua, décidément, j’aime pas la journée de la meuf !

Catherine Chaumont-Marx

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