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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

Le blogue de Martin Winckler (Dr Marc Zaffran) - PasseportSanté.net

pla.ce.bo

Pour ceux qui s’intéressent au sujet, voici un excellent site consacré au placebo.


Le médecin et le patient nouveau - Entretien avec MZ pour Passeportsanté.net

Entretien donné à Passeportsanté.net (site québecois de santé) en 2008 autour des relations soignant-soigné.


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Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... >

Edito
Humbles réflexions d’un médecin généraliste sur l’IVG
par Médecin Malgré Elle
Article du 8 septembre 2011

Les occasions de parler de ma pratique de l’IVG sont rares et donc toujours des temps très précieux.

C’est une activité dont je parle peu autour de moi car elle est toujours à l’origine de débats très passionnels, avec des prises de position à l’emporte-pièce simplistes et réductrices, y compris parmi la corporation médicale.

Je suis donc médecin généraliste pratiquant en centre de planification et d’orthogénie, dans un hôpital de province, et ce depuis quelques années.

J’accompagne des femmes dans leur parcours d’IVG, par choix, et du mieux que je peux.

C’est loin d’être un choix simple tous les jours...

C’est tout d’abord se faire l’exécutant médical d’une loi. Parce qu’après tout, les lois sont faites pour être appliquées, surtout quand elles sont faites pour rendre réellement « service »...

C’est aussi une manière d’être logique professionnellement avec moi-même : s’occuper des femmes dans tout leur parcours gynécologique, engendre, pour moi, forcément des les accompagner dans cette éventuelle étape de leur vie.

L’IVG n’est simple pour personne : ni pour la femme, ni pour le couple, ni pour le personnel médical ou paramédical accompagnant.

D’autre part, pratiquer des IVG, c’est être un peu « à part », encore et toujours, même en 2011... C’est une activité peu valorisée, peu reconnue, peu comprise, mal rémunérée...

Je crois que c’est une pratique médicale que l’on « tolère » plus qu’on ne l’accepte réellement, même plusieurs décennies après sa légalisation, et y compris au sein de la communauté médicale.

Il est n’est pas rare d’entendre de la part de collègues médecins, des réflexions fort désagréables, signe du peu d’ouverture d’esprit et de tolérance vis-à-vis de l’IVG.

C’est pourtant une histoire toute singulière dans la vie d’une femme.

Les femmes recourant à une IVG sont les mêmes que celles qui mettent au monde de magnifiques bébés avec l’aide des sages-femmes et des obstétriciens ; les mêmes qui peuvent malheureusement avoir besoin d’un chirurgien gynécologique pour soigner un cancer du sein ; les mêmes qui pourront aussi, à un autre moment de leur vie, gérer parfaitement leur contraception et leur désir ou non-désir de grossesse, de manière plus claire...

Seulement, voilà, dans ma « petite » expérience au sein de notre établissement, peu de gynécologues s’investissent à hauteur raisonnable dans la pratique de l’IVG...de moins en moins, et de moins en moins parmi les jeunes générations...

Nous les comptons sur les doigts... d’une demi-main, chez nous...

Ils opposent leur « clause de conscience » pour justifier leur désinvestissement.

Mais comment peut-on négliger de s’occuper de l’IVG qui concernera statistiquement 1 femme sur 2 dans sa vie, quand on se destine à être gynécologue-obstétricien ?

200 000 IVG par an, versus 800 000 naissances vivantes si ma mémoire est bonne.

Ce n’est pas une bagatelle...

Et un gynécologue, à mon sens, peu difficilement, sur un plan éthique, refuser de prendre en charge cette problématique, intimement liée au reste de ses activités médicales.

« Pour les accouchements, je vous prends en charge, pour les IVG, vous irez voir ailleurs »...

Je ne comprends pas. Et j’aimerais qu’on m’explique...

L’IVG n’est facile pour personne... Et ce n’est pas plus difficile pour un gynécologue que pour un autre médecin...

Le service de notre établissement repose donc sur des généralistes militants de la première heure...qui peuvent parfois être épuisés et moins investis...

La relève s’annonce très problématique, aussi bien dans les rangs des généralistes que des gynécologues, laissant présager, si rien ne change, une mise en péril de l’accès à l’IVG...

Et je crois que ce problème n’est malheureusement pas propre à notre centre, et tend à se rencontrer un peu partout en France...

En tant que jeune praticien, difficile de trouver sa place dans tout cela...

J’étais récemment invitée à une journée d’échange sur l’IVG à Paris, où se réunissaient de nombreux professionnels exerçant dans le domaine de l’orthogénie.

L’invité d’honneur était le Professeur Israël Nisand, que je connaissais peu.

J’ai été réellement attristée par la teneur des échanges lors de cette réunion.
Il y aurait eu tellement à apprendre des uns et des autres, en confrontant nos pratiques afin d’avancer dans la qualité de nos prises en charge auprès des femmes...

Les moments d’échanges entre professionnels de l’orthogénie sont tellement rares, que ne pas en profiter de manière constructive paraît un gâchis.

Au lieu de cela, la journée a été d’éternelles bagarres verbales (voire plus...) entre, d’un côté le Professeur Israël Nisand, et de l’autre, un ensemble d’association de défense des droits des femmes aux étiquettes diverses...

Aucune des deux parties n’a, à mon sens, pris le temps d’écouter le point de vue de l’autre.

Rien de positif n’est ressorti de tout cela.

D’un côté, un Israël Nisand clamant haut et fort la nécessité de laisser le choix aux femmes quant à la méthode d’IVG, y compris en réclamant que la pratique de l’IVG médicamenteuse soit possible jusqu’à 14 SA, alors que les recommandations ne l’autorisent que jusqu’à 9 SA, car au-delà de ce terme, elle est pourvoyeuse d’échecs, de douleurs, de complications trop importantes pour faire prendre ce risque aux femmes. (A noter que ces IVG médicamenteuses au-delà de 9 SA seraient pratiquées régulièrement dans son service...)

Pourquoi une telle position de la part d’un défenseur « historique » des droits des femmes ?

Etait-ce un coup d’éclat médiatique ?

A-t-il un conflit d’intérêt avec le laboratoire commercialisant les médicaments nécessaires aux IVG médicamenteuses ?

Y a-t-il un réel intérêt pour certaines femmes, comme il nous l’annonce, à être installées en salle de naissance, pendant plusieurs heures le temps que l’expulsion ait lieu ; avec analgésie péridurale souvent nécessaire du fait des douleurs engendrées ; et visualisation (possiblement traumatisante) par la femme d’un embryon à un terme avancé de son développement ?

Quel est l’intérêt de ce mimétisme avec un accouchement ?

L’intérêt se situe-t-il du côté de la femme ou du praticien ?

De l’autre côté dans cette réunion, des militantes d’association de défense des droits des femmes...qui pour certaines n’ont jamais réalisé d’IVG...et c’est bien aussi là que se situe le problème à mon sens...car défendre le droit à l’IVG, c’est bien, mais être le médecin qui la réalise, c’est tout autre chose...

Ces militantes les plus virulentes ont sans doute fait partie, de par leur âge, des pionnières dans la défense de l’IVG, et à ce titre, on leur doit beaucoup.

Elles ont connu « l’avant légalisation » et on sent bien que l’ensemble des situations catastrophiques dont elles ont pu être les témoins, les animent de manière forte... et on peut le comprendre...

Mais est-ce que s’interroger sur ses convictions, accepter de les confronter à celles des autres, accepter de les faire évoluer, veut dire pour autant les abandonner ? Je ne crois pas.

Donc, parmi ces deux camps, je n’ai pas réussi à choisir le mien...

Faut-il être le médecin tout-puissant que rien n’effraie ?

Faut-il être une militante agacée par le fait que la contraception et l’IVG soient aux mains des médecins ?

Je suis partie de cette rencontre avec encore plus d’interrogations et de craintes sur l’avenir de l’IVG...

N’avons-nous pas suffisamment de détracteurs pour nous aussi, nous « entre-tuer », alors que nous poursuivons le même but ?

La preuve a été faite, une nouvelle fois, qu’au-delà de la défense du droit des femmes, la contraception et l’IVG sont davantage parfois une question de pouvoir sur les femmes...

Qui va avoir le pouvoir sur qui et sur quoi ?

Comment trouver sa place dans la pratique de l’IVG, en tant que jeune médecin, qui aura toujours tort, en raison des 30 ans de retard irrattrapable (c’est une pure logique mathématique !) sur les militants (médecins ou non) de la première heure ?

Non, effectivement, je n’étais pas là aux première heures... Je n’étais pas née !

Mais oui, je pense peut-être différemment de vous sur certains points...et pourquoi aurais nécessairement tort ?!

Pourquoi les médecins présents aux premières heures de l’IVG n’ont-ils pas réussi à assurer une relève suffisante ? Pourquoi aussi peu de transfert de compétences vers les générations médicales à venir ?

Comment ne pas perdre du terrain sur les droits acquis pour (et par ?) les femmes ?
Comment faire accepter cette discipline comme une discipline à part entière et « d’utilité publique » ?

Sans doute sera-t-il important, pour la survie du droit à l’IVG, de réussir à aller au-delà de nos luttes de pouvoir, en recentrant la priorité de nos actions auprès des femmes, en leur laissant la parole sur ce qu’elles souhaitent pour elles-mêmes.

Essayons peut-être d’apprendre à mieux les écouter, pour pouvoir les accompagner au mieux, plutôt que de parler ou de penser pour elles.

"Médecin Malgré Elle"

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