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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > Questions d’éthique >


La maltraitance exercée sur les femmes par certains médecins doit être dénoncée !!!
par V. , Salomé Viviana et Martin Winckler
Article du 21 janvier 2007

J’ai découvert votre site suite à un malheureux événement qui m’est arrivé il y a un mois. J’étais suivie par ma gynécologue suite à mon désir de concevoir mon premier enfant , tout se passait au mieux , je n’avais pas à m’en plaindre. Je suis donc tombée enceinte quelques mois aprés , j’ai donc revu ma gynéco pour l’informer de mon début de grossesse. Suite à cela , elle m’a prescrit une échographie vers six semaines que j’ai fait. Lors de l’echographie, la radiologue m’a avertie que ma grossesse allait probablement s’arrêter, mais qu’il fallait que je prenne rendez-vous avec ma gynécologue au plus vite pour vérifier ce diagnostic et qu’elle me dirait quoi faire. J’étais sous le choc !

J’ai donc appellé le secrétariat de ma gynécologue afin de prendre rendez-vous rapidement , la secretaire m’a dit qu’aucun rendez-vous n’était possible avant longtemps. J’ai donc expliqué ce qui m’amenait à vouloir la consulter et elle m’a dit de rappeller la gynécologue le lendemain qui serait au cabinet seulement l’après midi et m’a répété que je n’aurai aucun rendez-vous et m’a raccrochée au nez.

J’ai essayé de prendre rendez-vous avec d’autres gynécologues mais bien évidemment comme je n’étais pas leur patiente , je n’ai pas pu avoir de rendez-vous dans l’immédiat.

Le 12 décembre 2006, j’étais au bout du rouleau, je me suis donc déplacée le lendemain en me disant que ma gynécologue me recevrait avant ses premières consultations et que je devais pas tenir compte des sautes d’humeur de sa secrétaire.

Je l’ai rappellée avant de monter par politesse, lui ai expliqué que j’étais trés angoissée par rapport à ma grossesse probablement arrêtée et elle m’a dit que ce n’était pas grave ce qu’il m’arrivait, qu’elle ne pouvait pas me prendre en consultation , de repasser en fin de journée et que peut être elle me pourrait me recevoir. J’ai insisté et finalement elle ma dit de monter et m’a dit qur je la mettais au pied du mur.

J’étais dépitée et soulagée qu’elle veuille enfin me recevoir. Je lui ai donc montré mon échographie et elle ma dit sans ménagement , votre grossesse est arrêtée , la fausse couche va survenir sûrement prochainement. J’étais terrorisée ! Elle m’a ensuite dit que ce n’était rien, que les femmes faisaient un drame de tout ça alors qu’il n’yavait pas de quoi, que ce n’était rien, une erreur de la nature,sourire aux lèvres.

Alors je lui ai dit que je ne pouvais pas psychologiquement rester avec mon bébé mort dans le ventre et là elle m’a dit que ce n’est pas un bébé , c’est un débri que vous allez perdre et que pour elle un curetage n’était pas nécessaire, que je devais attendre la fausse couche sans y penser .

Je lui ai dit que je ne pouvais pas le supporter psychologiquement et que je ne pouvais pas rester dans cet état de déprime , elle m’a dit qu’elle pourrait me prescrire un médicament (cytotec) pour aider à la fausse couche , que je pouvais le prendre ou pas en restant trés évasive sur les délais d’action de ce médicament.

J’étais incapable de réagir malgré ses paroles insultantes. Je me suis même excusée d’avoir fait irruption dans son cabinet de cette maniére et là elle m’a dit "ne soyez pas désolée pour ce qui vous arrive mais pour les patientes que vous avez fait attendre" je n’ai pas réagi , j’étais trop choquée ! Je ne lui demandais pas de s’apitoyer, ni de dramatiser mais simplement faire preuve de tact.

Cette perte était plus que douloureuse et de voir qu’elle me traitait comme un vulgaire numéro de plus sur la longue liste de ses patients, « ou plutôt clients », m’a blessée encore plus.

Pendant la consultation, jamais elle ne m’a demandé comment ça allait et ça, malgré qu’à plusieurs reprises, j’ai insisté sur le fait que je ne pouvais pas psychologiquement rester avec cette grossesse arrêtée et supporter l’attente de la fausse couche. N’est ce pas le rôle d’une spécialiste, gynécologue d’être à l’écoute de ses patientes ?

Je pouvais imaginer que mon cas n’était pas unique et qu’en tant que gynécologue, pour elle ce genre d’événement était plus que banal, et qu’elle n’avait pas à s’impliquer en tant que personne dans ce genre de situation mais par sa profession, je pense, elle avait le devoir de me traiter avec considération et de m’apporter un soutien psychologique nécessaire Elle annonçait peut être ce genre de nouvelles tous les jours mais pour moi c’était la première fois et elle n’a eu aucune considération à mon égard.

Elle m’a dit : Reprenez rendez-vous plus tard.

Après cela, elle m’a gratifiée d’une poignée de main et m’a dit « bonnes fêtes tout de même » toujours avec le sourire. Je suis sortie de votre cabinet en pleurs, complètement désorientée.

Je me suis rendue à la pharmacie et suis repartie en possession des médicaments prescrits (cytotec). Rester dans cet état ne me paraissait pas la meilleure des solutions sur le moment, encore moins attendre que la fausse couche survienne tardivement. J’ai donc pris ces médicaments.

Le cytotec n’a pas fait l’effet escompté et très inquiète, je me suis rendue le 13 décembre 2006 en fin de journée dans une Clinique où un gynécologue-obstétricien et chirurgien, m’a reçu de suite en prenant connaissance de ce qui m’avait amené à venir consulter les urgences de la clinique.

Il m’a donc signalé en prenant en compte tous les faits médicaux qu’à ce stade de ma grossesse, malgré le diagnostic de la gynécologue, que la procédure à suivre dans ce cas est de prévenir la patiente qu’il existe un doute que la grossesse soit arrêtée et de demander à la patiente de repasser une autre échographie environ une semaine après pour se prononcer avec certitude sur le premier diagnostic. Selon lui un diagnostic de grossesse arrêtée était précipité et que dans un cas similaire au mien, il n’aurait pas été aussi catégorique.

Il m’a fait qu’une échographie de contrôle, son diagnostic a été le suivant : l’embryon n’avait pas été expulsé, il était intact malgré la prise du cytotec et qu’en tant que spécialiste, qu’il ne pouvait en aucun cas dire à ce stade que ma grossesse était définitivement arrêtée à la date du 13 décembre 2006

Il m’a aussi prévenu des risques du cytotec en m’expliquant que la prise de celui-ci pouvait mettre en danger une grossesse évolutive

Je me suis donc rendue à la clinique une semaine aprés et j’ai de nouveau refait une échographie de contrôle qui a eu pour diagnostic que ma grossesse était définitivement arrêtée. Ma grossesse était arrêtée mais le gynécologue ne pouvait toujours pas me confirmer que c’était le cas à la date du 13 décembre 2006 car entre la première échographie et celle-ci, il y’avait eu tout de même une évolution de la taille de l’embryon.

Néanmoins il m’a notifié que malgré la suspicion et qu’à mon stade de grossesse, il était très difficile de prouver médicalement dans quelle condition la grossesse s’était arrêtée. Bien évidemment ni lui, ni aucun spécialiste n’aurait pu m’assurer que ma grossesse aurait évoluée normalement et serait arrivée à terme dans la mesure où les fausses couches surviennent fréquemment au cours des premiers mois lors d’une première grossesse et que ces incidents sont dans la plupart des cas imprévisibles. Mais la seule chose dont je suis certaine aujourd’hui, c’est qu’à cause du diagnostic de ma gynécologue précoce et catégorique, je ne saurai jamais ce qui s’est réellement passé.

Je suis révoltée par la froideur qu’elle m’a témoignée lors de sa consultation, par son attitude blessante, par sa façon de m’avoir présenter les choses et par son manque de professionnalisme. Je suis révoltée par ses méthodes, tout cela se serait passé beaucoup mieux si vous elle m’avait traité comme votre patiente et pas comme un vulgaire numéro. Et même si son diagnostic s’était avéré exact, elle n’aurait pas du être aussi expéditive, aussi évasive et d’affirmer des choses selon ses convictions n’est en aucun cas professionnel.

Je me suis renseignée et tous médecins ou gynécologues à qui j’en ai référé, m’ont confirmé la même chose : Après une première échographie de contrôle à ce stade de grossesse et par rapport à la conclusion de celle-ci, on informe la patiente des risques de fausses couches et on lui demande de repasser une autre échographie à peu prés une semaine après pour confirmer le diagnostic premier en sachant qu’à ce stade de grossesse il peut avoir erreur de datation.

Suite à tout ça , j’ai écrit un courrier à cette gynécologue afin de lui faire part des faits et de mon mécontentement vis à vis de son attitude et je lui ai demandé de justifier son diagnostic. Je lui aussi demander pourquoi elle ne m’avait pas prescrit une autre écho de contrôle afin de vérifier. Je ne lui ai dit à aucun moment qu’elle était fautive de ma grossesse arrêtée. j’attends un courrier de sa part mais je doute qu’elle me réponde un jour. J’ai beaucoup de mal à surmonter cette expérience douloureuse et je ne cherche à mettre la faute sur personne, j’ai juste besoin d’explication de sa part et qu’elle reconnaisse son attitude blessante. Je n’en demande pas plus.

Si je vous envoie ce mail c’est pour vous demander conseil , pour savoir si cette gynécologue est dans l’obligation de me répondre et si son comportement face à ma situation est normal. Je compte en réferer au conseil de l’ordre des medecins par courrier, quelles sont mes chances qu’on prenne en compte mon courrier ? Je pourrai me dire qu’il serait mieux de tourner la page mais je ne supporte pas l’idée qu’une autre de ses patientes qui se retrouverait dans une situation similaire à la mienne ait à supporter ses paroles blessantes en plus de cette expérience douloureuse, à cause de son manque d’empathie et son manque d’humanité.

je vous remercie d’avance de m’aiguiller sur les démarches à suivre et de par votre expérience, me dire ce que vous pensez de tout ça.

Cordialement,

V. F.


Réponse de Salomé Viviana, magistrate

C’est scandaleux ! Encore une fois, on voit que, malgré leur spécialité, les
gynécos ne sont pas toujours les mieux placés pour s’occuper correctement
des patientes enceintes ; l’accueil aurait peut etre été meilleur chez un
généraliste ou une sage-femme libérale.

Non, la gynéco n’a aucune obligation de répondre au courrier, mais c’est
bien de lui avoir écrit, elle connaitra au moins les causes du
mécontentement.

Ecrire au conseil de l’ordre devrait en théorie etre la bonne procédure,
puisque le conseil est censé faire le ménage chez lui. Mais dans son
fonctionnement actuel (une réforme est en cours), le conseil protège ses
membres au lieu d’écarter ceux qui travaillent mal. Toutefois, et meme s’ils
n’en font rien, la lettre aura au moins l’utilité de les informer. Surtout,
racontez les choses comme vous venez de le faire dans le mail : il ne s’agit
pas d’etre sympa ou trop poli.

A l’heure actuelle, le patient ne pèse pas pour grand chose dans ce type de
relation : c’est David contre Goliath. Mais ne désespérons pas, David a fini
par triompher ! L’autre solution pour que les choses bougent, c’est de
donner la plus large audience possible à votre témoignage (lui faire de la
contre-pub) et de militer dans des associations de patients. Vous pourrez
également y trouver des oreilles compréhensives.

Quant à tourner la page rapidement, c’est souvent un conseil des médecins
qui ne veulent pas de scandale ; il est facile de dire aux patients qu’ils
doivent avaler des couleuvres sans protester.

Bon courage et désolée de ce qui vous arrive.

S.V.


Réponse de Martin Winckler

Chère V.
Comme Salomé, je suis désolé et révolté par ce qui vous est arrivé. D’autant que dans votre situation, les erreurs n’ont fait que s’accumuler.

Prescrire une échographie à 6 semaines de grossesse quand on attend une grossesse désirée, c’est inutile et anxiogène. Sauf urgence ou incident, la première échographie n’est utile qu’à 14-16 semaines, passé le délai (12 semaines) pendant lequel on observe le plus de fausses couches spontanées, qui sont bénignes, mais fréquentes, comme on vous l’a très bien expliqué. Or, l’échographiste a cru (il ne pouvait pas en être sûr) observer une fausse couche spontanée en train de se produire... alors que vous n’aviez aucun symptôme. Cet examen n’avait pas d’intérêt pour vous soigner, puisqu’il n’est pas souhaitable d’intervenir lors d’une fausse couche spontanée, moyen naturel d’interrompre une grossesse non viable. En revanche, il vous a fait vivre une angoisse que personne (ni l’échographiste, ni la gynéco) ne vous a aidée à affronter en vous expliquant ce qui se passait.

Comme vous l’a expliqué plus tard le gynécologue de la clinique, le diagnostic de « grossesse arrêtée » au vu de la seule échographie était de toute manière prématuré. Il aurait beaucoup mieux valu vous demander une écho de contrôle (et des prises de sang) pour vérifier la vitalité de l’embryon au bout de 8 ou 15 jours, avant de déclarer tout de go que la grossesse était arrêtée. Une échographie faite si tôt - à 6 semaines - ne peut pas déterminer si la grossesse est évolutive ou non.

Les secrétaires médicales sont, en principe, censées accueillir téléphoniquement les patientes et les conseiller de manière appropriée. Elles agissent, de fait, sous la responsabilité de leur employeur (le médecin). Si elles donnent une information fausse ou incomplète ou angoissante, le médecin peut en être tenu pour responsable. En employant une secrétaire désagréable qui n’a pas cherché à vous permettre d’entrer en contact avec elle ou avec un confrère, cette gynécologue n’a pas rempli une des obligations prévues par le Code de la santé publique et le code de déontologie (l’accueil des patients).

Devant l’impossibilité de vous recevoir, votre gynécologue ne semble pas vous avoir proposé d’alternative (par exemple, de consulter à l’hôpital ou dans une clinique proche, au service d’urgence). Elle est aussi fautive que les autres. Elle aurait dû le faire. Elle aurait dû, a priori, considérer qu’il s’agissait d’une urgence (ou que cela pouvait en être une), du seul fait de votre inquiétude. Les autres praticiens, qui ont refusent des patients sous prétexte qu’ils ne sont pas « leurs » patients ne sont pas en contradiction avec la loi, mais leur déontologie est plus que douteuse. On peut ne pas être en mesure de recevoir un patient. Pour autant, il est toujours possible de proposer une solution de rechange (autre confrère, service hospitalier, etc.), voire d’accorder un entretien téléphonique pour apprécier la gravité ou l’urgence de la situation. Cela fait partie des choses possibles. Les praticiens qui ne le font pas n’ont aucun respect pour leur métier ou pour ceux qui font appel à eux.

Manifestement, l’attitude de la gynécologue pour vous expliquer ce qui se passait au vu de l’échographie n’a pas suffi à vous rassurer et vous avez senti dans sa réaction une absence de respect et de prise en compte de votre état. Ses qualités relationnelles sont donc moins qu’adéquates. D’autant qu’annoncer une fausse couche - et aider les femmes à le surmonter - fait partie de son boulot quotidien. Il est vrai qu’il vaut mieux ne rien faire en cas de fausse couche, pour ne pas compromettre ce qui est un phénomène naturel, mais manifestement, si elle vous a donné cette explication, vous n’étiez pas en mesure de la croire ou de l’accepter dans les conditions et sur le ton où elle vous l’a dit.

L’attitude froide et sans empathie de cette » gynécologue est révoltante sur le plan humain, mais témoigne aussi d’une grande négligence médicale. La prescription de cytotec était non seulement superflue, mais dangereuse. Et illégale en dehors des conditions habituelles d’utilisation (déclenchement d’un accouchement ou... IVG). De plus, elle aurait dû vous expliquer son fonctionnement et ses effets secondaires. Il s’agit ici d’une faute professionnelle.

Je suis parfaitement d’accord avec Salomé Viviana : il me paraît non seulement souhaitable mais aussi indispensable d’écrire au conseil de l’Ordre pour dénoncer son attitude. Quand vous écrirez cette lettre, envoyez-la en recommandé avec accusé de réception en double : à l’Ordre départemental et à la praticienne. Ca l’empêchera de dormir quelques temps.

Si elle vous répond, et si vous le désirez, nous publierons sa lettre après ces échanges de courrier, toujours de manière anonyme. Il est très important que les femmes prennent l’habitude de dénoncer ce type d’attitude. A mon sens, la maltraitance médicale, physique ou psychologique, est parfaitement assimilable à du harcèlement, commis par une personne en position d’autorité. On incite de plus en plus les personnes harcelées à dénoncer leurs agresseurs. Il n’y a aucune raison que les médecins, eux, restent impunis.

M.W.

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