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Les violences faites aux femmes... par les médecins
par Marc Zaffran (Martin Winckler)
Article du 25 novembre 2009

A l’occasion de la journée consacrée aux violences faites aux femmes, je publie ici un article que j’avais écrit pour "Le Livre Noir de la condition des femmes" (XO éditions, 2006) et qui avait été refusé par les directrices d’ouvrage. Il décrit les violences faites aux femmes par ceux et celles qui en principe devraient les soigner : des médecins.

Que les femmes soient maltraitées par certains médecins, trop nombreux, et qui ne sont jamais dénoncés, cela semble évident quand on lit les innombrables témoignages qui figurent sur ce site.

Que dans les écoles de médecine françaises, on n’attire pas l’attention des étudiants sur les violences, volontaires ou non, qu’on peut infliger aux patients, et encore plus aux femmes (qui sont les plus nombreuses dans les consultations) lorsqu’elles consultent spécifiquement pour un problème de santé féminin (sexualité, désir ou non désir de grossesse, contraception, etc.) cela me paraît au pire, monstrueux, au minimum une marque de mépris.

La première obligation d’un soignant consiste à entendre les demandes et à définir (avec elle, avec lui) les besoins d’un patient. En matière de gynécologie courante, c’est malheureusement loin d’être la règle, comme on pourra en juger en lisant cet article.

Contraception, IVG, Grossesse et accouchement : Les violences infligées aux femmes en France

Si le respect qu’une culture ou un pays porte aux femmes se traduit par la représentation de celles-ci dans ses fictions télévisées, il n’est pas moins évident lorsqu’on observe le comportement ou le discours de ses médecins à l’égard des femmes qui les consultent.

En France, comme probablement dans l’ensemble des pays industrialisés, soixante-dix pour cent des personnes qui consultent un médecin sont des femmes. Les femmes consultent pour elles (puberté, troubles du cycle, contraception, grossesse, suivi et traitement de la ménopause) mais aussi pour et avec leurs enfants, dont elles sont à la fois les gardiennes, les soignantes et les accompagnatrices ; pour leur mari (qu’elles poussent chez le médecin ou dont elles viennent parler lorsqu’il ne veut pas venir) et pour leurs parents âgés et/ou malades.

Dans la demande de soins, les femmes occupent donc une place centrale, incontournable. Dans la délivrance de soin, c’est la même chose : elles constituent d’ores et déjà la majorité des soignants de toutes catégories puisque actuellement plus de 50 % des médecins français de moins de 35 ans et 60 % des étudiants en médecine sont des femmes, tandis que toutes les autres professions de santé sont en grande majorité féminines.

Cette situation est pourtant le lieu d’un étrange paradoxe : la plupart des personnes qui demandent des soins sont des femmes et cette population est, de fait, soignée par des femmes (celles entourent ou accompagnent les personnes demandant des soins font, à mon sens, elles aussi partie des soignants puisqu’elles exécutent, relaient ou surveillent les traitements prescrits), mais le(s) traitement(s) qui leur sont réservés - et on peut le dire, infligés - par bon nombre de médecins, hommes et femmes, est loin de leur montrer le plus élémentaire respect.

L’accès au soin, c’est d’abord l’accès à l’information et le libre choix des soins. Les femmes françaises n’ont pas accès à l’information et au libre choix auxquels elles ont droit : le plus souvent, les médecins ne répondent pas à leurs interrogations. Quand ils répondent, ils le font avec idéologie ou préjugé - quand ce n’est pas de manière parfaitement vénale.

A l’automne 2005 (alors que je rédigeais ce texte) entre autres questions, des femmes m’ont demandé
- s’il est normal que les médecins insistent pour leur examiner les seins et leur faire un examen de l’utérus et des ovaires chaque année (voire plusieurs fois par an) pour leur prescrire une contraception ?

Non, ça ne l’est pas. Aucun examen (pas même biologique) n’est nécessaire avant l’âge de 25 ans et, même après cet âge, l’examen des seins avant 35 ans et l’examen gynécologique en dehors de tout symptôme ni obligatoire, ni même utile d’un point de vue médical.

- s’il est normal qu’un gynécologue les fasse payer 60 Euros (non remboursés) la pose d’un implant contraceptif ?

Non ça, ne l’est pas : la pose est coté moins de 13 Euros ; le retrait est coté 42 Euros. Demander une somme démesurée pour un geste aussi simple est crapuleux et illégal. (Mais il n’y a pas si longtemps, certains confrères de mon département posaient et retiraient encore des DIU sous anesthésie générale ! ! ! )

- s’il est normal qu’on leur prescrive 2 semaines de progestatifs par mois en guise de contraception ?

Non, ça ne l’est pas : il faut en prendre au moins 3 semaines par mois pour être protégée. Mais beaucoup de médecins ne savent pas comment prescrire une contraception par progestatifs parce qu’ils n’en connaissent pas les principes les plus élémentaires.

- s’il est normal qu’on leur refuse un DIU (dispositif intra-utérin, ou « stérilet ») sous prétexte de « risque de récidive » d’une infection sexuellement transmissible guérie datant de... 12 ans ?

Non, ça ne l’est pas, d’autant que la femme en question avait, depuis, eu deux enfants sans problème...

- s’il est normal qu’on veuille leur enlever tout l’utérus alors qu’elles présentaient deux petits fibromes ?

Non, ça ne l’est pas, surtout chez une femme de moins de 40 ans qui désire avoir une autre grossesse. On peut très bien retirer un fibrome de l’utérus sans amputer une femme. Mais les médecins français font plus d’hystérectomies que les médecins britanniques, hollandais ou suédois...

- s’il est normal qu’on leur impose un délai de plusieurs semaines entre le moment où on retire un DIU et celui où on leur en pose un autre ?

Non, ça ne l’est pas : il n’est jamais urgent de retirer un DIU (certains peuvent être laissés en place 10 ans ! ! !) et on peut procéder à la substitution en une fois, sans délai. A La femme qui m’a posé cette question avait demandé une contraception de transition à son gynécologue, qui a refusé de lui en prescrire une et lui a répondu « Vous pouvez bien vous abstenir en attendant le prochain rendez-vous ». A la suite d’un échec de préservatif, elle s’est retrouvée enceinte et a dû recourir à une IVG. Le gynécologue, va bien, merci et sévit toujours.

- s’il est normal, lorsqu’une femme de 35 ans demande une contraception, qu’on lui réponde « qu’il serait temps, à son âge, qu’elle ait enfants ! » et si, quand elle repond ne pas en vouloir encore, qu’on cherche à la culpabiliser en lui disant que lorsqu’elle « sera stérile elle ne vienne pas pleurer pour qu’on lui en fasse un » ?

Non, ça ne l’est pas. L’âge auquel une femme décide d’avoir des enfants ne regarde qu’elle et son compagnon. Le médecin n’est pas là pour lui donner des leçons de vie. Il est là pour l’aider à la vivre au mieux, comme elle l’entend. Et une femme peut avoir des enfants jusqu’à l’âge de la ménopause. C’est son droit et les médecins n’ont pas de jugement à porter sur ce point.

La diversité de ces questions montre à quel point la profession médicale française est mal formée et informe mal : toutes les notions dont il est question ci-dessus sont parfaitement connues et répandues dans le monde entier au moyen de sites internet ou de revues en ligne d’accès gratuit parfaitement officiels et validés scientifiquement car la santé des femmes est un problème de santé publique partout sur la planète.

Tout médecin français aujourd’hui possède un ordinateur. Celui ou celle qui désire s’informer le peut. Un praticien qui ne s’informe pas - ou qui élude les questions au motif qu’il ne veut pas y répondre - est en infraction avec le code de déontologie qui stipule clairement que tout médecin doit tenir ses connaissances à jour et donner aux patients une information complète, précise et loyale.

Beaucoup trop de médecins français, en matière de contraception et de gynécologie, ne sont ni scrupuleux dans leur formation continue, ni précis dans l’information qu’ils délivrent, ni loyaux dans les décisions qu’ils imposent.

Je m’en tiendrai ici à ce qui concerne les femmes elles-mêmes, au fil de leur vie et des étapes qui les amènent à consulter un médecin. La particularité de ces étapes est que, le plus souvent, la femme qui consulte n’est pas malade. L’attitude de certains médecins vis-à-vis de citoyennes qui ne sont, en aucune manière, diminuées ou inaptes à décider pour elles-mêmes est donc tout particulièrement choquante.

Contraception : une vision machiste de la sexualité

En 2001, j’ai publié Contraceptions mode d’emploi, le premier manuel pratique de la contraception destiné au grand public . Vendu à une quinzaine de milliers d’exemplaires, il a suscité un intérêt croissant de la part de ses lectrices, et encore plus depuis la création d’un site internet personnel , dans les pages duquel la contraception occupe une place importante.

Depuis l’été 2003, je reçois ainsi chaque semaine des dizaines de messages qui constituent une bonne indication d’une situation assez éloquente : de nombreuses femmes, lorsqu’elles consultent pour une situation faisant somme toute partie de la vie, ne reçoivent pas des médecins toutes les informations qui devraient leur être données.

La plus grande source d’étonnement en ce domaine réside dans la réaction de beaucoup de femmes qui, lorsqu’on évoque un livre ou un site consacré à la contraception, répondent qu’elles « savent tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet ». La lecture du livre ou la visite du site provoquent une réaction totalement opposée : « On ne m’avait jamais dit tout ça ! » Le « tout ça » désignant le plus souvent l’efficacité et l’innocuité des méthodes, la manière de les utiliser, les risques encourus, les complications possibles (et, le plus souvent rare), les choses à savoir pour ne pas vivre dans l’angoisse, etc.

Ainsi, la plupart des femmes ignorent qu’il y a plus d’échecs de pilule que d’échecs de DIU (dispositif intra-utérin, le mal-nommé « stérilet » car il ne rend pas stérile du tout) ; elles ignorent ce qu’il faut faire quand on oublie sa pilule ; elles ignorent que les « règles » sous pilule sont un artifice dont on peut se passer ; elles redoutent cancer, MST et stérilité alors que le risque n°1 est la grossesse non désirée ; elles pensent qu’il est interdit à une femme sans enfant de porter un DIU...

L’ignorance de ces notions pourtant élémentaires qui, dans des pays comme l’Angleterre, les Pays-Bas ou la Suède, sont enseignées aux adolescentes dès l’école primaire, n’est pas seulement dommageable pour la vie des femmes, elle les contraint à s’en remettre aux médecins pour faire des choix qu’elles devraient pouvoir opérer elles-mêmes. Aujourd’hui, lorsqu’on lui présente toutes les méthodes contraceptives existantes, une femme est parfaitement à même de choisir celle qui lui convient, à un moment donné.

Les recommandations de l’OMS et des organismes internationaux impliqués dans la diffusion des moyens de contrôle des naissance sont claires : contrôler sa fécondité est, pour chaque femme, le premier pas vers l’amélioration de son niveau de vie, de santé et d’éducation. On ne peut en effet pas acquérir une formation professionnelle, conserver une bonne santé et faire des études si l’on est enceinte ou chargée de petits enfants en permanence.

À l’inverse, les femmes qui contrôlent leur fécondité voient leur niveau d’éducation, leur niveau de compétence et leur revenu s’élever. Le corollaire est donc simple : pour améliorer son niveau de vie, chaque femme doit pouvoir maîtriser sa fécondité, disposer du plus grand nombre de méthodes contraceptives possible, et choisir la sienne.

C’est d’ailleurs l’un des messages les plus importants que l’on peut lire au tout début des recommandations publiées par l’ANAES (aujourd’hui, Haute Autorité de Santé) en décembre 2004 :

« 1. La différence possible entre l’efficacité optimale des méthodes contraceptives (celle des essais thérapeutiques) et leur efficacité en pratique courante constitue un argument fort pour que la femme et le couple soient impliqués dans un choix adapté à leur réalité quotidienne.

2. Laisser les personnes choisir une méthode contraceptive est associé à une plus grande satisfaction des personnes ainsi qu’à une utilisation plus élevée des méthodes. La littérature souligne l’importance de considérer le couple dans la démarche contraceptive et de prendre en compte l’accord du partenaire. »

Or, pour laisser une personne choisir (et prendre en compte l’avis de son partenaire), il faut, c’est évident, lui offrir ce choix. La plupart des médecins, gynécologues ou généralistes, ne le font pas. Si deux tiers des femmes utilisant une contraception en France ont recours à la pilule combinée (contenant estrogènes et progestatifs), c’est parce que les médecins ne savent prescrire que cela. Sur les six méthodes dont l’efficacité est supérieure à 95 % - de nombreuses études scientifiques l’ont montré - DIU et implant contraceptif sont des méthodes plus fiables , plus confortables , et plus économiques qu’une pilule combinée.

De leur côté, les progestatifs seuls, moins dangereux après 35 ans que la pilule combinée (qui contient aussi un estrogène) sont aussi efficaces, mais rarement prescrits. La fiabilité d’une méthode n’est pas seulement fonction de son efficacité théorique, mais de son confort d’utilisation. Mais de confort, il est rarement question au cours des consultations de contraception en France.

Ainsi, nombreux sont les gynécologues qui ne veulent pas poser d’implant « faute de recul » (alors que le recul d’utilisation est supérieur à 20 ans partout sur la planète...) ou qui refusent de poser des DIU à des femmes sans enfant, arguant qu’il s’agirait d’une méthode dangereuse pour la fécondité alors que toutes les études menées dans les pays en développement (où DIU et implant, pour des raisons économiques, sont bien plus largement utilisés) montrent qu’il n’en est rien.

En dehors même de ce manque flagrant de rigueur scientifique, les idées reçues ne sont presque jamais rectifiées par les professionnels de santé, qui ont constamment tendance à diaboliser les méthodes contraceptives de manière insupportable. Ainsi, les risques de cancer liés à l’utilisation de la pilule sont réels, mais très limités et bien moins importants que ceux du tabac sur les poumons ou du soleil sur la peau, et disparaissent chez les femmes qui cessent de prendre ces pilules à 35 ans - ce qui est le cas de la majorité d’entre elles.

En revanche, la contraception orale protège contre deux cancers très graves (ovaire et endomètre - corps de l’utérus) - mais cette information est rarement donnée. Au total, tous risques confondus, l’utilisation des méthodes contraceptives est bénéfique à la santé des femmes.

L’ignorance de ces notions scientifiques démontrées (et consensuelles partout sur la planète, sauf dans le milieu médical français) est source de catastrophes.

Ainsi, les risques liés à l’association pilule + tabac ne sont préoccupants qu’après 35 ans, mais on continue à interdire aux adolescentes qui fument de prendre une contraception orale, les condamnant ainsi à recourir au préservatif comme seule protection contre une grossesse non désirée. Si l’on sait que l’utilisation du préservatif cesse d’être systématique dès que les jeunes femmes ont une relation stable, et qu’elles ignorent le plus souvent qu’un rapport sexuel peut être fécondant à n’importe quel moment du cycle, on se dit que parfois, le corps médical semble se comporter comme s’il voulait absolument à ce que les femmes soient enceintes... ou à ce qu’elles s’abstiennent de toute activité sexuelle lorsqu’elles n’y tiennent pas.

Une enquête de N. Bajos publiée en 2003 nous apprend que si les deux tiers des grossesses non désirées surviennent chez des femmes utilisant des méthodes de contraception ( !) c’est principalement parce que les utilisatrices n’en connaissent ni le mode d’emploi, ni les effets secondaires et cessent de l’utiliser (puisqu’il s’agit le plus souvent d’une contraception orale) par manque d’information.

Ce manque de respect envers les femmes commence dès l’adolescence. Ainsi, un examen gynécologique n’est ni indispensable, ni même utile pour prescrire une contraception à une jeune femme en bonne santé. Jusqu’à 30 ans, la prise de la tension et un questionnaire très simple suffisent à éliminer l’unique domaine de risque (vasculaire) chez toutes les femmes.

Le frottis destiné à dépister les cancers du col n’est recommandé qu’à partir de 25 ans. Le dosage du cholestérol n’a pas a être pratiqué plus d’une fois avant l’âge de 40 ans. Mais les manuels de médecine continuent à imposer examen gynécologique, examen des seins et prises de sang (pluri-)annuelles - toutes conditions qui dissuadent un grand nombre d’adolescentes de consulter, par un souci compréhensible de ne pas s’y soumettre.

Les contraceptifs oraux peuvent être délivrés gratuitement aux mineures dans les centres de planification publics (à l’hôpital), mais l’information publique sur ces centres est quasiment inexistante. La contraception d’urgence doit, en principe, être remise gratuitement et sans condition à toute mineure qui en fait la demande dans une pharmacie, mais nombreuses sont encore les officines qui refusent de délivrer ce produit inclus dans la liste des médicament essentiels de l’OMS - ou qui le font payer à la mineure, alors que la loi leur donne l’obligation de le délivrer gratuitement et de se faire rémunérer par la sécurité sociale.

Quant aux femmes de plus de 30 ans qui consultent pour changer de contraception et opter pour un DIU ou un implant elles entendent souvent les praticiens leur déclarer sans grande délicatesse qu’elles « devraient penser à avoir des enfants ».

Tout cela, sans compter les violences véritables exercées sur les femmes par des praticiens sans aucune éthique, qui interrompent une contraception sans la remplacer par une autre - alors qu’il est TOUJOURS possible de trouver une contraception adaptée - et acculent ainsi certaines femmes aux grossesses non désirées et donc à un certain nombre d’IVG.

La position ambiguë du corps médical français

Le nombre d’IVG en France est stable depuis 10 ans (220 000 par an). Alors qu’aux Pays-Bas et en Angleterre, les délais d’IVG sont plus longs - et que ces deux pays drainent donc un certain nombre d’IVG venues d’autres pays d’Europe - la fréquence des IVG y est plus faible qu’en France ! ! !

Mais dans ces deux pays, l’information sexuelle et contraceptive est systématique, l’accès aux méthodes de contraception beaucoup plus facile. L’explication des carences françaises est donc bien structurelle. Ces carences découlent bien sûr de l’absence réelle de campagnes d’information de la part de l’état : alors que la loi de 2001 impose une information sexuelle dans toutes les classes de collège et de lycée, cette information n’est pas faite. Mais elles sont aussi la conséquence d’une attitude plus qu’ambiguë de la part de la profession médicale.

D’une part, la contraception - qui fait partie des soins primaires, en principe dispensés à toute la population féminine - est quasiment absente de la formation des médecins généralistes et réservée aux spécialistes. D’autre part, ces spécialistes sont le plus souvent violemment opposés à la diffusion des informations aux femmes lorsque cette information est délivrée par des médecins qui n’appartiennent pas à leur petite caste. J’ai pu moi-même en juger par les réactions d’un certain nombre de gynécologues avec qui j’essayais d’ouvrir le dialogue sur un forum professionnel.

Les commentaires sexistes ou péjoratif sur le manque d’intelligence de « leurs » patientes y étaient légion et la méfiance envers les données scientifiques venues du monde anglo-saxon ou scandinave n’avait d’égal que leur certitude de n’avoir de leçons à recevoir de personne.

S’il est bien une chose qu’on devrait pratiquer couramment, quand on est médecin, c’est l’humilité devant l’insuffisance de ses connaissances. Mais l’humilité n’est pas le fort de la profession médicale française.

Je ne compte pas non plus le nombre de messages écrits à mon intention par des femmes de tous milieux, décrivant de la part de gynécologues (hommes ou femmes) des attitudes sexistes et hautaines, quand ça n’est pas carrément méprisantes lorsque les femmes leur confiaient avoir lu tel ou tel document de l’OMS ou de l’IPPF (International Planned Parenthood Federation) prônant l’utilisation du DIU ou de l’implant par les femmes de tous âges à partir de 20 ans. Les méthodes qui libèrent le plus les femmes sont celles pour lesquelles elles le plus besoin de l’aide des médecins.

Prendre un comprimé est à la portée de presque tout le monde. Mettre en place un DIU ou un implant est en revanche un geste médical qui nécessite, pour être indolore et sans danger, une grande habitude. Le discours paradoxal - et faux - que véhiculent beaucoup de gynécologues, défenseurs de la seule « pilule », c’est que celle-ci est une liberté pour la femme.

C’était vrai lorsqu’elle était la seule méthode disponible. Aujourd’hui, ça ne l’est plus. La liberté, c’est le choix. Une femme porteuse d’un DIU ou d’un implant qu’elle tolère bien n’a pas besoin de médecin pendant plusieurs années. Une utilisatrice de pilule doit demander (et parfois quémander) une nouvelle prescription au mieux tous les ans, au pire tous les trois mois. En contraignant tant de femmes à dépendre d’eux, ces praticiens ne les libèrent pas, ils les enchaînent.

Les spécialistes, qui clament être le seul recours des femmes en matière de gynécologie, sont eux-mêmes formés par des professeurs hospitaliers dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas à jour des connaissances scientifiques modernes. Il n’existe en France qu’un seul manuel - très bien fait - de contraception à l’usage des étudiants . En comparaison, les autres ouvrages traitant de gynécologie et les cours prodigués aux étudiants continuent à aligner sans rectification des dizaines d’idées fausses sur les contre-indications ou les dangers des différentes méthodes.

Terroriser les médecins en insistant sur ces dangers au lieu de les relativiser , c’est le moyen le plus sûr d’empêcher les patient(e)s d’y avoir accès. Dans le but de « protéger » leurs patientes, les médecins ainsi formés les empêchent d’accéder à des méthodes sûres.

Cette attitude « protectrice » serait louable si elle était justifiée et si elle ne s’accompagnait pas d’une propension certaine à ne pas aller chercher plus loin que le bout de son nez... ou les arguments d’autorité des professeurs en chaire.
Il faut, bien entendu, ajouter à ceci l’influence discrète mais très efficace de l’industrie pharmaceutique, essentiellement soucieuse de commercialiser de nouvelles pilules, identiques aux précédentes et - comme tout nouveau médicament - très coûteuses pour les femmes puisque pour la plupart non remboursées.

Il faut avoir discuté contraception avec un grand nombre de praticiens désireux d’en savoir plus sur le sujet pour attester à quel point l’attitude des médecins français est partagée. D’un côté, on trouve des soignants isolés (souvent médecins généralistes) souffrant d’un manque d’informations cruciales et qui, lorsqu’on les leur livre, y trouvent une double libération, pour eux et pour les patientes qui les consultent ; de l’autre, on croise beaucoup de professionnels (souvent « spécialistes ») pour qui la contraception est une question secondaire - quand elle n’est pas carrément importune - et que la sexualité des femmes - qu’elles aient 16 ans ou 50 - met profondément mal à l’aise.

Les éléments les plus frappants sur l’idéologie des médecins - et la manière dont elle se pérennise - peuvent être recueillis auprès des étudiants en médecine d’aujourd’hui qui, lorsqu’ils ne sont pas encore « formatés » par la pensée totalitaire des mandarins chargés de cours, relèvent avec effarement les insuffisances d’information sur la contraception (deux heures de cours pour huit à dix années d’étude), les discours méprisants de leurs patrons, les déclarations sexistes qui sont faites à l’égard des femmes ou les pratiques absolument contraires à l’éthique - comme le fait d’enseigner aux étudiants le « toucher vaginal » en faisant examiner à la chaîne - et à l’insu des intéressées - les femmes endormies, au petit matin, sur la table d’intervention où on va leur retirer leur utérus...

Certaines étudiantes en médecine (elles forment 60 % de l’effectif, aujourd’hui) décident ou sont amenées à avoir un enfant, au cours de leurs 8 à 10 années d’études. Nombreux sont les services qui ne valident pas le stage (de 4 ou 6 mois) au cours duquel elles ont la malchance d’accoucher, au lieu de leur demander simplement de rattraper les jours correspondants à leur absence. Le sexisme de la profession médicale, on le voit, ne touche donc pas uniquement les patientes, mais toutes les femmes.

J’ai souvent le sentiment, non seulement quand je lis les messages adressés par les femmes mais aussi quand j’entends mes confrères s’exprimer (ou quand je les lis, dans les revues médicales) que beaucoup de médecins français se comportent comme s’ils étaient dotés d’une capacité de jugement moral supérieure à celle de leurs patients et que leur conviction intime, sinon avouée, est que tout non-médecin est un être inférieur, incapable de comprendre ce qui lui arrive et de prendre des décisions seul, et que les femmes le sont encore moins, parce qu’elles sont des femmes.

Le plus triste est de constater qu’en matière d’obscurantisme, les médecins femmes n’ont rien à envier aux hommes : un grand nombre des messages qui me sont envoyés émanent de patientes qui se sont vues ainsi mal-traitées par des gynécologues de sexe féminin.

Quand on prend conscience de cet obscurantisme, on n’est pas très étonné que les violences commises à l’égard des femmes par les médecins français soient non seulement nombreuses, mais qu’en plus, elles ne soient pratiquement jamais dénoncées par personne. A commencer par leur attitude à l’égard des IVG.

IVG : l’indifférence qui tue

Au début des années 2000, on a vu des gynécologues défiler dans la rue pour réclamer le maintien de leur spécialité parmi les options offertes aux étudiants. En revanche, les syndicats de gynécologues français n’ont jamais défilé (ni protesté auprès du ministère) pour réclamer les décrets d’application qui facilitaient la prescription de l’IVG médicamenteuse en ville, conformément à la loi de 2001. Aujourd’hui encore, alors que la méthode d’IVG médicamenteuse prescrite par les médecins de ville devrait soulager les centres d’IVG hospitaliers et bénéficier aux femmes qui n’ont pas d’hôpital près de chez elle, les obstacles que rencontrent les femmes et les médecins qui désirent la leur proposer sont nombreux, qu’il s’agisse des écueils administratifs ou de la vindicte de certains membres du corps médical.

En matière d’IVG, l’indifférence du corps médical français est, à bien des égards, criminelle. Depuis les années 80, le discours sur les dangers du sida et des MST reste dominant et sans aucune commune mesure avec ses dangers réels. Sur les 220 000 IVG annuelles, 7000 concernent des adolescentes chaque année. À titre de comparaison, depuis l’apparition de la maladie au début des années 80 (donc, en plus de 20 ans), on a diagnostiqué 58 000 cas de sida en France. Pour une adolescente, le risque de se retrouver enceinte est donc considérablement plus élevé que le risque de contraceter un sida.

Le préservatif est une bonne méthode de protection contre les MST, mais une mauvaise contraception ; dans la plupart des pays européens, on recommande donc la « double protection ». En France, rien de tel n’est proné par les campagnes de lutte. Et on se garde bien d’expliquer que si le préservatif est la seule méthode de prévention des MST (sida et autres) pour une femme ayant plusieurs partenaires occasionnels, il reste une méthode de contraception tout à fait insuffisante, quel que soit le nombre de partenaires.

Le raisonnement est pourtant simple : sur cent partenaires sexuels, un seul est susceptible d’infecter une femme. Mais pratiquement tous peuvent la féconder... Et s’il faut souvent plusieurs rapports sexuels pour infecter une femme, il n’en faut qu’un (sans pénétration !) pour qu’elle se retrouve enceinte...

Les médecins délivrent-ils cette information aux femmes en consultation, dans les revues, à la télévision ou à la radio ? Je n’en ai pas le sentiment, si j’en crois les réactions qu’attirent mes propres interventions occasionnelles sur les ondes.

De même, l’analyse des circonstances dans lesquelles les femmes se retrouvent enceintes sans l’avoir souhaité montre qu’un grand nombre d’IVG pourraient être évitées : arrêts de contraception par défaut d’information sur les effets secondaires ; absence de contraception par refus ou non-prescription de la part du médecin ; absence de contraception après un accouchement (beaucoup de femmes quittent la maternité sans prescription, ou sans avoir reçu d’explication préalable sur leur recours à la fécondité) ; absence de contraception à l’approche de la cinquantaine, avant tout signe de ménopause, parce que le médecin recommande l’arrêt de la pilule au motif - justifié - que les estrogènes posent problème à cet âge mais ne juge pas utile de prescrire une des nombreuses méthodes efficaces et sans danger à cet âge... Il y en a bien d’autres.

Cette prévention n’est pas faite, car les médecins contrôlent, seuls, la prescription des méthodes contraceptives et leur formation ne mentionne jamais que le but d’une contraception est d’abord d’éviter une grossesse non désirée.

Pour beaucoup de médecins français, la contraception est perçue comme un « confort » pour les femmes, non comme une mesure préventive. En Angleterre, le suivi et le conseil contraceptif sont assurés par des infirmières spécialement formées. En France, les sage-femmes - de qui l’on exige pourtant un niveau élevé de compétence - n’ont pas eu jusqu’en 2009 le droit de prescrire la pilule plus de trois mois après l’accouchement, ni celui d’insérer un DIU ou un implant, gestes pourtant infiniment plus simples qu’un accouchement...

L’indifférence des médecins (mais aussi des pouvoirs publics) à l’égard de l’IVG - droit dont la plupart de celles qui l’ont exercé auraient préféré se passer - est donc inversement proportionnelle à son importance.

Alors que les « collèges » de médecins britanniques ou américains prennent régulièrement position, ouvertement, dans la presse, contre l’incurie des pouvoirs publics en matière d’information sur la sexualité, je n’ai encore jamais vu un syndicat de gynécologues revendiquer une minute quotidienne sur une chaîne de télévision publique pour informer les femmes sur les méthodes de contraception, ni même prendre part massivement à une campagne publique d’information.
Mais nous vivons dans un pays de culture profondément catholique, où la maternité est une valeur plus sûre que la liberté sexuelle.

Grossesse : qui est-ce qui accouche, au fait ?

Extrêmement valorisée en France par toutes les politiques nationales depuis... Vichy, la grossesse est en principe une situation physiologique, qui ne devrait pas inciter à la surmédicalisation en dehors de la surveillance bénéfique dont bénéficie toute femme enceinte.
Pourtant, les témoignages sur les abus de pouvoir exercés par les médecins à cette occasion sont légion.

Sans même parler des coutumes françaises qui imposent aux femmes de rester allongées, position la moins propice à l’engagement du foetus dans le bassin au moment de l’expulsion, ou de l’impossibilité pour beaucoup de femmes de demander une anesthésie péridurale lorsqu’elle est possible ou de la refuser quand elles n’en veulent pas, la mainmise des obstétriciens - sur l’accouchement évoque des pratiques remontant au XIXe siècle.

La France est un des pays développés où l’on pratique, sans autre justification que le bon vouloir ou le confort des médecins, le plus d’accouchements provoqués, de césariennes et d’épisiotomies systématiques. Or, tous ces gestes s’accompagnent d’une morbidité importante et ne devraient donc pas être pratiqués sans justification, et encore moins sans le consentement de la première intéressée. Il s’en faut cependant de beaucoup que les femmes aient leur mot à dire à ce sujet. Considérons ainsi l’épisiotomie : cette pratique consiste à inciser la vulve au moment de l’accouchement pour « prévenir », théoriquement, la survenue d’une déchirure (!).

Des études nombreuses ont cependant montré qu’elle ne procure pas du tout les bénéfices escomptés, et que la plupart du temps, les déchirures qui surviennent en l’absence d’épisiotomie sont superficielles et faciles à réparer. L’épisiotomie, en revanche, incise non seulement la peau, mais toute l’épaisseur du périnée c’est à dire en particulier les muscles sous-jacents. Elle entraîne par conséquent très souvent des douleurs durables, longtemps après l’accouchement, et des troubles sexuels persistants chez les femmes qui l’ont subie. Dans son rapport sur les bonnes pratiques d’accouchement, l’OMS la déconseille donc vivement et considère que les raisons médicales de l’utiliser ne dépassent pas 20 % des accouchements.

On pratique ainsi des épisiotomies dans moins de 6% des accouchements en Suède (pays dont la morbidité maternelle et néo-natale est l’une des plus faibles au monde), mais dans plus de 60 % des cas en France (et parfois 95 % pour certains centres) ! Comme tout geste médical non vital, l’épisiotomie peut parfaitement être refusée par celle à qui elle est censée « bénéficier » ; très peu d’obstétriciens cependant informent les parturientes de ce « détail » ! On oublie aussi de dire que pendant de nombreuses années, la réparation du périnée ainsi mutilé s’accompagnait d’un « point du mari », suture supplémentaire destinée à resserrer la vulve pour... assurer le confort sexuel des hommes, sans se préoccuper de ce qu’en pensent et de ce que ressentent les femmes ! D’après certains témoignages que j’ai reçus de sage-femmes en activité, cette pratique d’un autre âge a encore cours dans certains hôpitaux et cliniques français.

Malgré l’abondance des arguments scientifiques contraires à la pratique de l’épisiotomie, beaucoup de praticiens français continuent à la pratiquer sans aucune hésitation, et sans la moindre considération pour le bien-être ultérieur des personnes. On est en droit de penser qu’il en va de même dans de (trop) nombreux centres pour la césarienne et les pratiques instrumentales (forceps). Et les chiffres sont là pour le confirmer.

Indépendamment des pratiques strictement médicales, une chose est sûre en tout cas : les femmes ne sont presque jamais informées, avant l’accouchement, de la manière dont celui-ci se déroulera et des options médicales possibles pendant le travail. On ne leur demande pas leur consentement informé pour pratiquer une césarienne (il faudrait que l’information ait lieu sans même qu’une césarienne soit déjà prévue), une épisiotomie ou une manoeuvre instrumentale. Quant à l’accouchement déclenché sans raison autre que le confort de l’obstétricien, il est probablement très fréquent - mais difficile à refuser dans la mesure où les femmes peuvent craindre que leur rejet d’une procédure recommandée par le médecin entraîne un comportement moins « soignant » de sa part.

Quant à l’accouchement à domicile, presque universellement honni par la profession médicale française, il est difficile à choisir par les femmes en raison de l’insuffisance notoire du nombre de sage-femmes dans l’hexagone. Une étude américaine de 2005 montre pourtant qu’en l’absence de facteurs de risques particuliers (le plus souvent dépistés plusieurs semaines avant l’accouchement), les accouchements pratiqués à domicile par des sage-femmes expérimentées ne présentent pas plus de risques que les accouchements identiques pratiqués à l’hôpital, mais comportent un bien moins grand nombre de gestes médicaux : 2% d’épisiotomies (contre 33% à l’hôpital), 4% de césariennes (contre 19%)...

Ces résultats confortent dans l’idée que ces gestes ne sont pas liés à des complications réelles de l’accouchement, mais au déroulement de celui-ci à l’hôpital - le milieu hospitalier ayant fâcheusement tendance à faire perdre tout sens de la mesure. Cette étude est venue conforter un grand nombre d’autres études déjà faites en Suisse, en Angleterre et aux Pays-Bas. Aux Pays-Bas, 40 % des accouchements ont lieu à domicile. En France, moins de 1%. Quand on souligne cette différence, beaucoup d’obstétriciens français répondent, de manière très révélatrice... qu’ils ne sont pas assez nombreux pour ça. Or, c’est précisément le faible nombre d’obstétriciens et leur surcharge de travail qui devrait encourager les femmes sans problème (et il y en a beaucoup) qui le désirent à accoucher chez elles. Malheureusement, le plan périnatalité 2005-2007 mis en place par Philippe Douste-Blazy ne mentionne même pas l’accouchement à domicile.

Le silence et les préjugés des médecins français, principaux ennemis des femmes

Il ne se passe pas de jour sans que je reçoive, par courrier électronique, des demandes d’information ou d’avis venant de femmes de toute la France. Je ne suis pas le seul médecin français - ni le plus compétent - pour y répondre, mais si l’on m’écrit c’est, tout simplement, parce mon site est de plus en plus fréquenté par les femmes abonnées aux forums consacrés à la contraception - tout simplement parce que j’y mets en ligne de nombreux articles - et de nombreux liens vers des sites scientifiques, qui les corroborent - concernant la contraception. Ces informations sont lisibles par un grand nombre de femmes, et, en outre, lorsqu’on m’écrit - je réponds aux questions comme je le fais en consultation.

Encore une fois, je ne suis pas du tout le seul à le faire. Il existe aussi des sites de gynécologues voués à répondre aux questions mais leurs participants répugnent, le plus souvent, à critiquer le comportement de leurs confrères, alors que certains comportements sont franchement criticables et que la moindre des choses, quand on informe quelqu’un, est de lui donner TOUTE l’information - même si cette information est défavorable au praticien qu’elle a consulté auparavant. IL ne s’agit pas de faire de la critique gratuite, mais simplement de pointer les comportements qui ne tiennent pas debout.

Certains confrères m’ont reproché - ça arrive régulièrement - de « croire tout ce que les femmes me racontent ». Cette remarque en dit long sur le respect que ces confrères ont pour leurs interlocutrices. En ce qui me concerne je pars du principe que si je ne crois pas ce qu’on me dit, je devrais changer de métier. Si la personne qui m’interroge me fait la confiance de me parler, j’ai l’obligation de la croire et de répondre à ce qu’elle me dit. Si par hasard, elle m’induit en erreur, elle recevra une réponse inadaptée et c’est de toute façon mauvais pour elle, pas pour moi.

Pour avoir travaillé pendant vingt ans dans un service de planification et d’IVG, je crois par ailleurs pouvoir témoigner (et je crois que mes camarades du centre d’IVG et de planification du CH du Mans diraient de même) qu’en matière de sexualité, de grossesse et de contraception, la proportion de femmes qui cherchent volontairement à induire le médecin en erreur en lui confiant des éléments manifestement faux est infime. L’immense majorité ont tellement besoin d’information et d’écoute que la présence de professionnels qui les écoutent et qui répondent clairement, loyalement et sans jugement moral à leurs questions est vécue par elles comme un pur miracle.

Et cependant, ce qu’elles attendent des médecins n’est pas un miracle. Elles attendent, simplement, que les médecins les respectent et se comportent en soignants.

Martin Winckler

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