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Peut-on tomber enceinte en prenant la pilule, sans l’avoir oubliée ?
Par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)
Article du 30 octobre 2011

C’est une question qu’on me pose souvent, et on peut y trouver la réponse sur ce site, dans plusieurs articles, mais pas sous cette forme.

La réponse est « Oui, ça peut arriver », et souvent, hélas, en raison d’une mauvaise information et/ou prescription médicale. Cet article fait un inventaire des échecs de pilule liés aux erreurs de prescription médicales, que toutes les utilisatrices de contraception - et les médecins - devraient connaître.

Les oublis de pilule ont bon dos. Un certain nombre d’échecs de pilule (par mauvaise prise ou arrêt intempestif) résultent d’une erreur de prescription médicale ou d’un défaut d’information. Si vous ne connaissez pas les mécanismes (très simples, comme je l’explique ci-après) par lesquels une pilule contraceptive vous empêche d’être enceinte, vous ne pouvez pas vous méfier des circonstances où ces mécanismes n’agissent pas. Le problème, c’est que beaucoup de médecins ne les connaissent pas non plus (ou en ont une vision beaucoup trop compliquée pour vous l’expliquer) - et ne comprennent pas non plus les causes et circonstances d’échec. Plus grave : cela les conduit parfois à ne pas prescrire une pilule correctement... et donc à favoriser les échecs. Or, tout médecin est responsable de ses prescription et de leurs conséquences... La moindre des choses est donc qu’il les connaisse.

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Mais d’abord, quelques principes de base :

LA PILULE, C’EST QUOI ET COMMENT ÇA EMPECHE D’ETRE ENCEINTE ?

1° Qu’est-ce qu’une pilule contraceptive ?

Une pilule contraceptive est un médicament contenant une ou deux hormones [1] pris à raison d’un comprimé par jour.

Ce médicament se présente sous forme de « plaquettes » de 21 ou 28 comprimés, à prendre 21 ou 28 jours d’affilée (ça dépend des marques). Quelle que soit la pilule, on commence une plaquette neuve tous les 28 jours. Pour les pilules à 21 comprimés, on observe une semaine d’arrêt - pendant laquelle, en principe, on reste protégée contre une grossesse si l’on a des rapports sexuels. En principe, des saignements vaginaux qui ressemblent à des règles apparaissent pendant cette semaine « sans pilule ».

Remarque 1 : je dis « en principe », lorsque c’est très souvent le cas, mais que ça peut ne pas l’être, sans pour autant que ce soit anormal ou inquiétant. La biologie n’est pas une science exacte, et les êtres humains ne sont pas des machines. Il arrive, ainsi, qu’une femme n’ait pas de « règles » entre deux plaquettes. Ça ne veut pas dire qu’elle est enceinte (ça peut vouloir dire que sa pilule marche très très bien). Mais la première chose à faire quand on n’a pas ses règles entre deux plaquettes, c’est surtout, de recommencer sa pilule à la date prévue. Ensuite, on peut toujours faire un test de grossesse pour se rassurer.

Remarque 2 : Les différences entre les diverses pilules contraceptives sont expliquées sur cette page : « Comment s’y retrouver parmi toutes ces pilules ? » Certaines pilues récentes n’y figurent pas, mais il y a de bonnes chances pour que votre pilule ou une pilule similaire s’y trouve, et les principes restent les mêmes de toute manière.

Remarque 3 : Il n’est pas indispensable d’observer une semaine d’arrêt quand on prend une pilule à 21 comprimés. C’est expliqué dans cette page. Prendre la pilule sans interruption augmente son efficacité et permet de se passer des « règles » de la pilule qui, en réalité, n’ont rien de naturel.

2° Comment une pilule contraceptive empêche-t-elle une grossesse ?

Par un phénomène très simple : en faisant croire à votre corps que vous êtes déjà enceinte. Quand une femme n’est pas enceinte, une glande du cerveau nommée l’hypophyse déclenche une ovulation chaque mois (environ). Lorsque cette même femme est enceinte, la grossesse secrète des hormones qui « endorment » l’hypophyse et suspendent les ovulations (car il ne serait pas confortable de mettre plusieurs grossesses en route, plusieurs mois d’affilée...). Les hormones de la pilule, prises chaque jour, font croire à l’hypophyse qu’il y a une grossesse en route, et l’ovulation ne se produit pas.

Cet effet explique que certaines utilisatrices de pilule aient des symptômes de grossesse : augmentation du volume des seins, en particulier, mais aussi (ce qui témoigne d’une pilule mal adaptée) nausées, baisse de la libido, prise de poids...

3° Pourquoi faut-il prendre un comprimé chaque jour ?

Parce que les hormones contenues dans la pilule ne sont efficaces que 24 à 30 heures. Au-delà, elles sont dégradées (par le foie) et éliminées (dans la bile et dans les urines) et ne peuvent plus « endormir » l’hypophyse. Pour qu’une pilule soit parfaitement efficace, il faut donc la prendre tous les jours. Il n’est pas indispensable de la prendre à heure fixe, le plus souvent, mais la prise à heure fixe permet de ne pas l’oublier. Pour en savoir plus.

4° Est-ce que la pilule « endort » l’hypophyse seulement pendant 24 à 30 heures ?

Non, heureusement. L’hypophyse est une glande qui met du temps à s’endormir et qui, lorsqu’elle est « endormie », met du temps à se réveiller, et pour déclencher une ovulation. On considère que lorsque une femme n’a jamais pris la pilule, il faut :
- sept jours de prise continue pour que l’hypophyse soit complètement endormie
Une fois l’hypophyse endormie (autrement dit, quand on prend la pilule depuis plus de 7 jours, il faut
- huit ou neuf jours consécutifs sans pilule pour que l’hypophyse se « réveille »

Ces particularités expliquent que les oublis et erreurs de prise de pilule posent plus de problème en tout début de plaquette (pendant les sept premiers jours) qu’au milieu ou à la fin. En effet, si le délai de 7 jours entre deux plaquettes est respecté, en principe, l’hypophyse n’a pas le temps de se réveiller, et la semaine « sans pilule » est une semaine où l’on ne risque pas de grossesse. Mais si l’utilisatrice interrompt sa plaquette (ou oublie un comprimé) quelques jours avant la fin ou commence la plaquette suivante (ou oublie un comprimé) juste après la semaine d’arrêt, ce jour d’oubli s’ajoute aux sept jours d’arrêt, et cela peut suffire pour que l’hypophyse se réveille et déclenche une ovulation.

Par ailleurs, les pilules très faiblement dosée (c’est le cas de plusieurs pilules contenant seulement des progestatifs, comme Microval° ou Milligynon°, mais aussi des pilules contenant moins de 30 microgrammes d’éthynil-estradiol) ne bloque pas toujours l’ovulation. Leur efficacité est alors surtout « locale » (elle rend le col de l’utérus « infranchissable » pour les spermatozoïdes. De sorte qu’un oubli peut se solder par une grossesse. Mais certaines pilules contenant les deux hormones sont aussi très faiblement dosées et ne bloquent pas l’ovulation, en particulier chez les très jeunes femmes. (Voir plus loin.)

Pour en savoir plus, lire : « La pilule, comment l’utiliser, que faire quand on l’oublie ? »

En première approximation, ce qui permet à la pilule d’être très efficace c’est :

- d’être adaptée à la femme qui la prend
- d’être prise régulièrement (pas forcément à heure fixe, mais à un moment où on ne risque pas de l’oublier)
- d’être prise si possible sans interruption, ou (si vous voulez absolument avoir des « règles » entre deux plaquettes) en interrompant la prise le moins possible (4 jours d’arrêt suffisent pour faire apparaître les règles)

QU’EST-CE QUI PEUT COMPROMETTRE L’EFFICACITE D’UNE PILULE ?

— Une femme de moins de 25 ans ovule plus facilement qu’une femme de plus de 35 ans. Par conséquent, il est déconseillé aux très jeunes femmes de prendre des pilules très faiblement dosées : ce sont celles qui sont le plus susceptibles de ne pas être efficaces chez elle. A l’inverse, les pilules contenant un peu plus d’hormones sont plus efficaces chez les très jeunes femmes, alors qu’elles présentent plus d’inconvénients chez les femmes de plus de 40 ans. Par conséquent, la pilule doit être ADAPTEE à son utilisatrice et à son « profil » hormonal.

Autrement dit :
- a) le dosage de la pilule doit diminuer à mesure que l’âge de l’utilisatrice augmente
- b) si vous avez moins de 25 ans, votre première pilule (que vous prendrez probablement pendant plusieurs années) ne devrait pas être une pilule faiblement dosée.
- c) la « meilleure » pilule pour vous est celle qui respecte votre profil hormonal et que vous tolérez le mieux, CA N’EST PAS NECESSAIREMENT LA TOUTE DERNIERE PILULE COMMERCIALISEE !!!

— La semaine d’arrêt des pilules à 21 comprimés donne à l’hypophyse l’occasion de se réveiller.
Par conséquent : si vous prenez une pilule à 21 comprimés, vous avez intérêt, pour augmenter son efficacité, à la prendre en continu ou à ne l’arrêter que 4 jours (au lieu de 7). C’est d’ailleurs le principe des pilules Minesse et Mélodia, qui contiennent 28 comprimés, dont 4 sont des placebos - ce qui correspond à un arrêt hormonal de 4 jours...

Je recommande la prise continue surtout pour les femmes très jeunes prenant des pilules contenant moins de 30 microgrammes d’éthynil-estradiol (c’est marqué sur la boîte).

— Les arrêts de pilule injustifiés sont de grands pourvoyeurs de grossesse. Il y a peu d’incidents qui imposent l’arrêt immédiat d’une pilule. La plupart des incidents sous pilule sont bénins, mais ils poussent les femmes qui n’en connaissaient pas l’éventualité à arrêter leur contraception... parfois juste après avoir eu des rapports sexuels nombreux et rapprochés. Or, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu’à 5 jours dans les trompes...

LES PRINCIPALES ERREURS DE PRESCRIPTION MEDICALE RESPONSABLES D’ECHECS DE CONTRACEPTION ORALE :

NB : en ce qui concerne les oublis de pilule voir « La pilule, comment l’utiliser, que faire quand on l’oublie ? » ,

Une enquête de l’INSERM de 2003 (Bajos N. et coll., « Contraception : from accessibility to efficiency », Human Reproduction, 2003 ; 18 : 994-9.) a montré que les échecs de contraception sont dans leur grande majorité liés à une mauvaise utilisation. Or, qui explique l’utilisation de la contarception aux femmes ? Les médecins. Les erreurs de prescription médicale sont fréquentes, et entraînent beaucoup de problèmes. Elles découlent d’une mauvaise connaissance par les médecins du fonctionnement de la pilule, des différentes sortes de pilule et de la physiologie féminine.

LES PRINCIPALES ERREURS MEDICALES SONT LES SUIVANTES
(PAR ORDRE DE FREQUENCE DECROISSANTE)

A) Le refus de prescription d’une contraception demandée par la femme

Trop de médecins (spécialistes ou généralistes) se laissent influencer par les sirènes de l’industrie pharmaceutique et prescrivent des pilules sur des arguments commerciaux, et non scientifiques. Par ailleurs, la meilleure contraception est celle que la femme choisit, et non celle que le médecin préfère prescrire. Par conséquent, toute première prescription devrait commencer par l’exposé des avantages et inconvénients de TOUTES les méthodes. Ainsi, on devrait dire à toute femme qui demande une contraception que

- parmi les six méthodes les plus efficaces (Implant, DIU au cuivre, DIU hormonal, pilules, « patch » et anneau vaginal) les trois derniers sont moins efficaces que les trois premiers. (Oui, je sais que les industriels et certains médecins ne sont pas contents quand j’écris ça, mais c’est la réalité scientifique, ce n’est pas une opinion. Regardez la page wikipédia qui rapporte les données de l’OMS et surtout la colonne « Utilisation typique » (c’est à dire l’utilisation par des femmes en situation de tous les jours, et non lors d’une expérimentation médicale contrôlée).

- un implant ou un DIU (hormonal ou au cuivre) peuvent parfaitement être prescrits comme PREMIERE contraception ; ils sont plus efficaces et moins coûteux, ils sont plus discrets, ils n’imposent pas d’aller à la pharmacie tous les trois mois ;

- la pilule, le patch et l’anneau vaginal sont les contraceptions qui font courir le plus de risque pour la santé, en particulier aux femmes qui fument et ont plus de 35 ans, car elles contiennent un estrogène, qui a des effets nocifs sur les vaisseaux sanguins ;

- contraception d’un jour n’est pas pour toujours : on a le droit de changer de contraception quand on veut ;

Quand ces règles simples ne sont pas expliquées, ou quand les médecins imposent aux patientes une contraception dont elles ne veulent pas, celle-ci est très souvent mal tolérée et provoque un arrêt de contraception et parfois une grossesse !

B) La prescription d’une pilule non adaptée à la physiologie et à l’âge de la femme :

une pilule mal adaptée provoque des effets indésirables (gonflement des seins, acné, taches sur la peau, troubles des règles) ; ces effets indésirables peuvent conduire la femme à arrêter sa pilule, et à se retrouver enceinte de ce fait.
Par ailleurs, la prescription d’une pilule peut ne provoquer aucun effet secondaire... sans pour autant être efficace ! En effet, il a été démontré que chez certaines femmes, même des pilules de dosage moyen (Minidril, Adépal) ne bloquent pas parfaitement l’ovulation. Il est donc légitime de penser que les pilules très faiblement dosées, prescrites à des femmes très jeunes, ne les protègent pas toujours...

IMPORTANT
Si vous avez été enceinte sous pilule sans jamais l’avoir oubliée, REFUSEZ qu’on vous prescrive de nouveau la même au prétexte que "vous l’avez oubliée sans vous en rendre compte". J’ai déjà entendu ça. C’est inacceptable. La parole des patients prime sur les préjugés des médecins !!! Le doute doit d’abord bénéficier à la patiente. Et prescrire une autre pilule est de toute manière moins risqué que de vous faire encourir une nouvelle grossesse non désirée !!!!

C) L’absence d’information sur les incidents de prise de la pilule - par exemple, si une femme n’a pas ses règles. Il arrive, je l’ai dit, qu’une femme n’ait pas de « règles » entre deux plaquettes. Ça ne veut pas dire qu’elle est enceinte (ça peut vouloir dire que sa pilule marche très très bien.

La première chose à faire quand on n’a pas ses règles entre deux plaquettes, c’est surtout, de recommencer sa pilule à la date prévue. Ensuite, on peut toujours faire un test de grossesse pour se rassurer. L’erreur consisterait à ne pas reprendre la pilule à la date prévue, pour attendre les règles... et à ovuler et se retrouver enceinte pendant ce temps d’attente alors qu’on ne l’était pas auparavant !!!

Autre incident fréquent : le spotting, saignement qui survient pendant la prise de la pilule en dehors de tout contexte inquiétant (pas de douleurs, pas de maladie...)

Un spotting est le plus souvent bénin et transitoire. Il ne doit surtout pas vous inciter à arrêter votre contraception mais, s’il dure plus de 15 jours, à demander une autre pilule. Celle-la ne vous convient probablement pas (ou plus).

Si le médecin qui vous a prescrit votre pilule ne vous avertit pas de ces incidents, vous êtes susceptible de vous inquiéter et d’arrêter votre pilule. Et donc, de vous retrouver enceinte.

D) Les instructions stupides lors de la première prescription : par exemple « Commencez votre première plaquette de pilule le premier jour de vos règles ».

Pourquoi est-ce stupide ? POur trois raisons 1° d’ici à ses prochaines règles, la femme aura probablement des rapports sexuels et il faut la protéger dès que possible 2° la date de survenue des règles est imprévisible chez de nombreuses femmes 3° il n’y a aucun motif SCIENTIFIQUE pour commencer le premier jour des règles.

En effet, il y a deux cas de figure. Ou bien la femme qui commence la pilule n’a pas de rapports sexuels et/ou n’a aucun risque d’être enceinte actuellement ; ou bien elle a des rapports sexuels et risque d’être enceinte.

Dans le premier cas, pourquoi attendre les prochaines règles ? Si elle commence sa pilule le jour de la prescription, elle sera pleinement protégée au bout de 7 jours. Elle n’aura peut être pas ses règles à la date prévue, mais ça n’a pas d’importance : la pilule suspend le cycle, et les règles sont superflues.

Dans le deuxième cas, si elle craint d’être enceinte au moment où elle se fait prescrire la pilule, la meilleure démarche est la suivante : faire un test de grossesse le jour de la prescription de pilule et si le test est négatif, commencer la prise ; refaire le test dix jours plus tard ; s’il est positif, la prise de 10 comprimés n’a pas d’incidence sur la grossesse ; s’il est négatif, l’utilisatrice peut continuer sa prise de pilule tranquillement.

Dans un cas comme dans l’autre, il est préférable d’utiliser des préservatifs pendant les 7 premiers jours de prise de cette première plaquette (pour éviter qu’une grossesse commence entre le premier comprimé et le moment où l’hypophyse sera endormie). Mais dans tous les cas de figure, il est inutile d’attendre « les prochaines règles » pour commencer une pilule. Il est préférable de la commencer dès que vous l’avez achetée !!!
Pour en savoir plus.

D’autres informations stupides (car dogmatiques et non fondées) sur la contraception :

- "Vous avez des nausées pendant que vous prenez votre pilule ? C’est psychologique, et ça va passer." Non, ce n’est pas psychologique, c’est un des effets "comme-une-grossesse" de la pilule. Et si on a des nausées avec une pilule, c’est que cette pilule ne convient pas. Il faut que le médecin vous en prescrive une autre. S’il vous laisse avec celle-là, il est probable que vous arrêterez de la prendre et que vous ne serez plus protégée.

- "Vous n’avez plus de libido depuis que vous prenez la pilule ? C’est psychologique et ça va passer". Non, ce n’est pas psychologique (cf plus haut)...

- "C’est dangereux de prendre la pilule en continu" (C’est complètement faux, la prise continue est sans danger, tout comme la prise continue d’un progestatif ou le port d’un Mirena ou d’un implant pendant cinq et trois ans, respectivement, qui sont des contraceptions continues...)

- "Il faut arrêter la pilule un mois par an pour s’assurer que ’tout marche bien’ " Ce fut un grand leitmotiv des médecins français, pendant les années 60 à 2000 ; ça marchait si bien que les femmes se retrouvent enceintes... ou "Il faut attendre d’avoir eu de nouveau vos règles pour reprendre votre pilule après votre accouchement"... C’est faux : une pilule progestative peut être commencée 21 jours après un accouchement, même si on allaite ; une pilule estro-progestative également 21 jours après l’accouchement quand on n’allaite pas.

- "Faut pas prendre la pilule trop longtemps, ça compromet la fécondité"
(ce qui équivaut à dire qu’être enceinte rend stérile...)

- "La pilule est interdite quand on fume" Ce n’est vrai qu’à partir de 35 ans, seulement pour les pilules contenant des estrogènes (mais aussi le patch et l’anneau vaginal) et c’est "fortement déconseillé", pas "interdit". Si une femme sans autre facteur de risque que le tabac insiste pour prendre une pilule estrogénique en connaissant les risques (phlébite, embolie pulmonaire), il est possible de la lui prescrire en tenant compte du fait que la probabilité d’une grossesse non désirée est plus élevée que celle d’une embolie.

Et aussi :

- "On ne peut pas poser de DIU à une femme qui a eu une césarienne". C’est faux, on peut, et les obstétriciens chinois posent couramment des DIU juste après la césarienne, avant de recoudre l’utérus. Un DIU peut être posé 4 semaines après un accouchement sans complication (une césarienne n’est pas une complication).

- "On ne peut pas poser de DIU à une femme qui a eu une grossesse extra-utérine " C’est faux, on peut et un DIU étant plus efficace qu’une pilule, le risque de nouvelle grossesse (normale ou non) est moins important avec un DIU

- "On ne peut pas poser un DIU à une femme qui a fait une salpingite (infection des trompes)". C’est faux, on peut le faire si la salpingite a guéri rapidement et sans séquelle, trois mois après la fin des traitements. Ce sont les bactéries (souvent transmises par le partenaire) qui sont responsables de salpingites, pas les DIU.

E) La prescription inconsidérée de médicaments qui compromettent l’efficacité de la pilule

C’est probablement une des erreurs les plus dramatiques et les plus méconnues (et donc, de fréquence impossible à chiffrer) car bien évidemment les grossesses sous pilule ne sont pas comptabilisées comme des effets secondaires, et les médecins n’endossent jamais une grossesse non désirée comme étant la conséquence de leurs actes...

Les échecs de pilule peuvent en effet être dus à la prise, en même temps que la contraception, de médicaments ayant pour effet d’accélérer le fonctionnement d’ « épuration » du foie. Ce faisant, ils accélèrent l’élimination des hormones contraceptives et compromettent leur efficacité.

Depuis 30 ans, et depuis mes premiers cours de médecine, je sais qu’il existe des interactions entre les pilules contraceptives (et aujourd’hui l’implant) et certains médicaments. C’est une des premières notions qu’on apprend en pharmacologie. Et pourtant, depuis 30 ans, régulièrement, je reçois le témoignage de femmes qui se sont retrouvées enceintes parce qu’on leur a prescrit un médicament qui compromet l’efficacité de leur pilule.
C’est très souvent le cas pour les femmes prenant un traitement pour éviter des crises d’épilepsie. Beaucoup de neurologues semblent ignorer (ou ne pas imaginer) que ces femmes ont une vie sexuelle, peuvent être enceintes, et utilisent une contraception.

Ils semblent ignorer également les interactions entre de nombreux médicaments anti-épileptiques et la pilule. De même, un antibiotique d’utilisation relativement fréquente, la rifampicine (Rifadine, Rimactan) a également des interactions.

Ces médicaments sont peu nombreux, et bien connus. Tout médecin (spécialiste ou généraliste) prescrivant un traitement à une femme susceptible d’être enceinte devrait s’enquérir non seulement d’une grossesse possible (certains médicaments sont toxiques pour le foetus) mais aussi de la contraception utilisée. Malheureusement, beaucoup trop ne le font pas.


Quelques précautions indispensables :

Quand vous allez consulter un médecin pour un problème autre que votre contraception, il est essentiel

- soit de lui dire que vous prenez une contraception hormonale (pilule, patch, anneau vaginal, implant - les DIU, en revanche, ne sont pas concernés)
- soit (si vous ne pouvez pas le lui dire) de vérifier dans la liste ci-dessous (que vous devez pouvoir toujours consulter facilement) que le médicament qu’on vous a prescrit n’y figure pas.

Si vous preniez un médicament anti-épileptique avant qu’on vous prescrive la pilule, il est très important de le dire au médecin (gynécologue, généraliste, ou parfois dermatologue qui prescrit "Diane" ou "Jasmine") !!!!

Si vous prenez un traitement antiépileptique au long cours, envisagez de recourir soit à un DIU au cuivre, soit à un DIU hormonal, qui n’ont pas d’interaction avec les médicaments.


Médicaments pouvant entraîner un échec contraceptif des pilules combinée ou progestatives, mais aussi des patchs contraceptifs, de l’anneau vaginal et de l’implant !!!!

• Médicaments antituberculeux : rifabutine (Ansatipine), rifampicine (Rifadine, Rimactan) - NB : ce dernier est aussi utilisé dans d’autres infections que la tuberculose.

• Médicaments de l’épilepsie : phénobarbital (Alepsal, Aparoxal, Gardénal, Kaneuron), phénytoïne (Di-Hydan, Dilantin), primidone (Mysoline), carbamazépine (Tégrétol), topiramate (Epitomax), vigabatrin (Sabril) 


• Médicaments antifungiques : griséofulvine (Fulcine, Griséfuline)

• Médicaments antiviraux : ritonavir, nelfinavir, efavirenz, névirafine

• Médicaments anti-ulcéreux : lansoprazole (Lanzor, Ogast) 


• Psychostimulant : modafinil (Modiodal)

Et aussi (ajout du 30 10 2011)

• Millepertuis (Hypericum perforatum, ou Saint John’s Wort en anglais), médicament de phytothérapie souvent prescrit pour les troubles de l’humeur (dépression mineure). Il s’agit d’un médicament en vente libre en Angleterre et en Suisse, et qui fait l’objet d’une auto-médication, sans que les femmes sachent qu’il s’agit d’un traitement actif. Son interaction avec les contraceptifs oraux a été démontrée.

Sous réserves :

• le Gattilier (Poivre des moines) ou Agnus Castus. Cette plante est supposée avoir des effets hormonaux et est utilisée en auto-médication, surtout en Angleterre, pour traiter le Syndrome Pré-Menstruel. Cette utilisation n’a pas été étudiée, mais les documents du médicament déconseillent l’utilisation de contraceptifs oraux en même temps ! Par prudence, on évitera donc de l’utiliser, d’autant que la prise d’une pilule en continu est souvent très efficace pour atténuer ou faire disparaître le syndrome prémenstruel, tout comme les règles...

Merci aux deux internautes, l’un pharmacien, l’autre patiente/utilisatrice, qui m’ont signalé ces deux dernières interactions.


Stricto sensu, la prescription d’un de ces médicaments à une femme prenant une contraception orale sans l’avoir prévenue de l’interaction est une faute professionnelle aussi grave que la prescription d’un médicament auquel la femme serait allergique ou celle d’un médicament tératogène (entraînant des malformations). En effet, la survenue d’une grossesse serait, de ce fait, la conséquence d’une prescription fautive (et/ou d’un défaut d’information) de la part du médecin.

Dr Marc Zaffran/Martin Winckler
(martin_winckler/at/yahoo.fr)


[1( un progestatif - dans Cérazette, Microval, et d’autres ; OU un estrogène, toujours le même, l’éthynil estradiol et un progestatif - dans Minidril, Adépal, Cilest, Varnoline, Minesse Mélodia, et d’autres - OU de l’éthynil-estradiol et un anti-androgène, la cyprotérone ou la drospirénone - dans Diane, Jasmine et d’autres),

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