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Avant l’âge de 25 ans, un frottis de dépistage du cancer du col est inutile ! La recherche systématique de HPV n’est justifiée qu’à partir de 30 ans !!!
par Martin Winckler

21 janvier 2020

Article mis à jour le 21 janvier 2020

Beaucoup de femmes utilisant une contraception se posent des questions concernant les frottis de dépistage et la recherche de HPV. Voici un article concernant le frottis, son utilité et les circonstances dans lesquelles procéder à la recherche de HPV.



Qu’est-ce qu’un frottis de dépistage ?

Le cancer du col utérin (l’orifice de l’utérus) est l’un des cancers féminins les plus fréquents avec le cancer du sein (3000 cas et 1000 décès par an en France). Par bonheur, il peut être prévenu en dépistant, plusieurs années avant l’apparition des cellules cancéreuses, des zones de cellules anormales (ou « dysplasies ») faciles à identifier. Il suffit de frotter le col avec des cotons-tiges ou des spatules en bois, de recueillir les sécrétions sur une lame de verre et de les faire examiner par un anatomo-pathologiste expérimenté. Si l’examen retrouve des anomalies, le médecin peut effectuer un traitement local (ovules anti-infectieux ou parfois laser) qui détruit les cellules anormales. S’il existe un cancer « in situ » (localisé) on peut pratiquer une intervention chirurgicale limitée, en principe non mutilante. (Conisation.)

Le dépistage systématique permet de prévenir l’apparition de ce cancer redoutable. Dans les pays où il est pratiqué depuis longtemps, (Scandinavie, en particulier) la fréquence de ces cancers et leur mortalité a beaucoup baissé.


Un excellent site consacré au frottis de dépistage et à la recherche de HPV


Quand et à quelle fréquence faire des frottis de dépistage ?

A partir de 25 ans. Oui, vous avez bien lu. Pas avant, sauf si la femme a commencé à avoir des relations sexuelles "tôt".

Qu’est-ce que ça veut dire "tôt" ?

Eh bien on considère que le délai entre une infection persistante par le HPV et l’apparition de lésions qui lui sont dues est au minimum de 8 années (en moyenne, de 10 à 15 ans). Comme l’âge moyen du premier rapport sexuel est de 17 ans en France, ça donne 18+7 = 25.

Une infection persistante, c’est une infection qui ne guérit pas. Près de 95% des infections par HPV guérissent spontanément, sans jamais provoquer aucune anomalie.

Si vous avez commencé à avoir des rapports sexuels (avec ou sans pénétration) avant l’âge de 17 ans, vous êtes en droit de demander un frottis à l’âge qui correspond. (Par exemple : 22 ans si vous avez commencé à 15 ans, par exemple). Mais si ce n’est pas votre cas, il n’est pas justifié de le faire.

Quel que soit votre âge, il n’est JAMAIS justifié de vous l’imposer ! Souvenez-vous que tout geste suggéré par un médecin doit, pour être pratiqué, obtenir votre consentement.

Un médecin n’a pas, en effet, à vous imposer un frottis ou un examen gynécologique comme condition de prescription de votre pilule : vous êtes toujours en droit de lui dire non.

D’où viennent ces recommandations ?

Ce sont celles de la HAS, la Haute Autorité de Santé, qui (quand elle s’appelait l’ANDEM) avait déjà fixé l’âge de 25 ans en 1994, et l’a confirmé en 2010 ! ! !

En principe, depuis 1994 (date des premières recommandations) les praticiens français devraient tous savoir que l’âge de 25 ans est l’âge de début des frottis de dépistage. Ca n’a pas changé en 2020 !

En 2019, la HAS a complété ses recommandations en recommandant, après l’âge de 30 ans, la recherche de HPV par un test spécifique (qui consiste à faire un prélèvement de sécrétions vaginales), au lieu du frottis.

Sur la page des recommandations 2019,, on peut lire :

"Chez les femmes de plus de 30 ans, le test HPV s’avère nettement plus efficace pour réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus. De plus, en cas de test négatif, le recours au test HPV permet d’allonger l’intervalle entre deux dépistages – passant de tous les 3 ans à tous les 5 ans après 30 ans.

****En revanche, avant 30 ans, il n’est pas recommandé car les infections à HPV transitoires sont très fréquentes chez les femmes jeunes. Leur détection exposerait de fait à des traitements inappropriés, augmentant ainsi les risques de complications lors de grossesses ultérieures. ****

Le test HPV présente un autre avantage : il peut aussi se faire à partir d’un auto-prélèvement vaginal. Les femmes pourraient avoir accès à des kits pour réaliser elles-mêmes le prélèvement. La HAS recommande cette modalité pour les femmes de plus de 30 ans qui ne se font pas dépister régulièrement ou qui sont éloignées du système de soins. Des expérimentations d’utilisation de ces tests d’auto-prélèvement devront être menées en population générale afin d’en évaluer l’acceptabilité, l’efficacité et l’efficience dans le contexte français."


Je suis homosexuelle. Mon médecin m’a refusé un frottis en disant que je ne risquais rien. Qu’en pensez vous ?

Qu’il est incompétent ou homophobe ou stupide. Ou les trois. Les HPV sont très contagieux et se transmettent par les doigts. Toute personne porteuse d’un utérus et d’un col (c’est à dire : y compris les hommes transgenres) et ayant a une activité sexuelle, quelle qu’elle soit, doit pouvoir, si elle le désire, bénéficier d’un frottis de dépistage à partir de 25 ans. Le médecin qui refuse de le pratiquer commet une faute professionnelle aussi grossière que celui qui l’impose à toutes les femmes de moins de 25 ans ou tous les ans.


Le risque n°1 de la sexualité, à l’adolescence, c’est la grossesse non désirée !

Loin de moi l’idée de prétendre que les MST n’existent pas, ou qu’elles ne menacent pas les adolescentes qui commencent leur vie sexuelle. Mais statistiquement, pour chaque femme, sur 100 partenaires masculins, il y a seulement 1 ou 2 partenaires infectés, contre 85 à 90 susceptibles de provoquer une grossesse !

Le risque N°1 de la sexualité, c’est la grossesse non désirée. D’où la nécessité de favoriser le plus largement possible l’accès aux méthodes contraceptives... sans imposer des explorations inutiles.

Dans mon expérience de médecin en centre de planification pendant 25 ans, j’ai vu trop de jeunes femmes acculées à l’IVG faute de contraception parce qu’elles ne voulaient pas renouveler l’expérience désagréable (et répétée) d’examens gynécologiques désagréables, parfois brutaux - donc, angoissants.

Lorsqu’une femme qui demande une contraception a déjà des relations sexuelles (non protégées) depuis plusieurs années, il est toujours possible de lui indiquer ce que sont les recommandations d’un frottis et de lui proposer de le faire quand elle le jugera utile en fonction de ce qu’elle sait d’elle-même.
Je n’imagine pas qu’une femme, quelle qu’elle soit, par négligence, s’exposerait sciemment à un cancer du col.

Mais lorsqu’une adolescente consulte pour une première contraception alors que ses rapports sexuels n’ont pas encore ou ont à peine commencé, il n’y a aucune raison de lui imposer un examen gynécologique et un frottis qui ne servent à rien et risquent de la dissuader de consulter.


Un excellent site consacré au frottis de dépistage et à la recherche de HPV


Quel inconvénient ya-t-il à commencer le dépistage ou à dépister le HPV plus tôt que 25 ans ?

Outre que cela coûte cher sans bénéfice pour la population, cela mobilise les praticiens sur un nombre de femmes limité - celles qui consultent déjà - et compromet le dépistage chez celles qui n’ont pas accès au gynécologue. De plus, en laissant entendre que le dépistage du HPV est indispensable, on compromet la pratique élargie du frottis. Or, pour que le dépistage du HPV se révéle utile en association au frottis, il faudrait aussi que TOUTES les femmes françaises bénéficient d’un dépistage par frottis... Ce qui est loin d’être le cas.

De plus, accentuer le recours inutile au médecin ou aux examens, cela augmente l’angoisse générale de la population et la consommation de soins et cela fait perdre le sens des priorités... Ensuite, on aura beau jeu de dire que les Français "consomment trop" !

Faire de la prévention, ça n’est pas tenir un discours terroriste

Toutes les infections à papillomavirus ne provoquent pas un carcinome (cancer) in situ (même celles à HPV « agressif »). Quant au délai d’apparition d’un cancer il est beaucoup plus long que ça - ce qui justifie en particulier de ne faire des frottis que tous les 3 ans. Pratiquer la menace pour obliger les femmes à subir des frottis très tôt ou plus souvent que tous les 3 ans, c’est non seulement de la mauvaise médecine, mais c’est l’inverse du soin.

Une mesure de dépistage, c’est fait pour éviter des maladies, pas pour augmenter l’angoisse des femmes sur l’éventualité d’une maladie qui touche 3000 femmes en France chaque année, ce qui est certes trop, mais ne représente en aucune manière l’ensemble des femmes françaises en âge d’avoir des rapports sexuels...

Les chiffres donnés par l’Institut national du cancer sont clairs :

Nombre de nouveaux cas estimés de cancer du col de l’utérus en 2015  : 2 797

Âge moyen au diagnostic en 2012  : 51 ans

Nombre de décès par cancer du col de l’utérus estimés en 2015 : 1 092

Âge moyen au décès en 2012 : 64 ans.

Autrement dit, il ne s’agit pas (sinon de manière très rare) d’un cancer de la jeune femme. Inutile, donc, de la part des médecins, de les menacer ou de les terroriser.

Qui a intérêt à ce que le dépistage soit précoce, fréquent et associe frottis + recherche de HPV même si c’est inutile ?

Pas les femmes, puisqu’on a vu que le frottis à partir de 25 ans et tous les trois ans (voire 5) suffit.

La multiplication des examens, frottis et tests profite avant tout aux personnes qui bénéficient financièrement de celle-ci :
- les fabriquants de matériel de dépistage
- les laboratoires qui commercialisent les test de HPV
- les fabriquants de laser (pour "traiter les lésions")
- les biologistes privés (qui analysent les frottis)
- les gynécologues (qui doivent rentabiliser leurs appareillages ...)

Multiplier les frottis et les recherches de HPV est une source de revenus pour beaucoup d’intervenants...


Pourquoi affirmer que l’examen gynécologique est inutile chez la femme jeune nécessitant une contraception ?

Les éléments de réponse à cette question se trouvent dans l’article suivant, ailleurs sur le même site.


Pourquoi prescrire la pilule pour une durée de 12 mois au moins, mais pas plus ?

Une femme en bonne santé n’a pas besoin de voir un médecin (spécialiste ou généraliste) tous les 3 ou 6 mois pour une prescription de contraception. Si elle tolère bien sa contraception, le médecin n’apprendra rien en l’examinant.

La sécurité sociale en convient puisque, alors qu’elle n’autorise pas de prescription de médicament sur une durée de plus de 6 mois... la pilule contraceptive bénéficie d’une dérogation à cette règle. Cela dit, lorsque les utilisatrices de pilule n’ont pas de problème particulier au bout d’un an et ne voient pas l’utilité de consulter pour un simple renouvellement, je leur propose de m’appeler pour en parler et je renouvelle leur ordonnance, qu’elle viennent chercher gratuitement, bien entendu.

Je pars en effet du principe que si elles ont le moindre souci, elles viendront me consulter, indépendamment du besoin de renouveler leur pilule. En plus de vingt ans, je n’ai jamais douté que l’immense majorité des femmes étaient - souvent plus que les hommes - capables de prendre soin d’elles-mêmes ! Avec ou sans les médecins.

Martin Winckler

P.S.


Un excellent site consacré au frottis de dépistage et à la recherche de HPV





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