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IVG médicamenteuse : jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée à l’hôpital, jusqu’à 7 SA en ville (Mise à jour)
par E. et Martin WInckler

26 juin 2011

Note importante (du 17 04 2019)
Le texte ci-dessous est cité incomplètement, et sans renvoi à cette page, par le site IVG.net, dont le propos est de dissuader les femmes d’avoir recours à l’IVG.
Ceci à la page : https://www.ivg.net/les-risques-de-ivg/ivg-medicamenteuse

Le moins qu’on puisse dire est que mes paroles y sont dénaturées. Pourquoi ? Lisez l’article qui suit.

J’ai demandé à IVG.net de retirer toute mention de mon texte sur leur site, car la manière de présenter mes propos est diffamatoire : elle laisse entendre que je suis opposé à l’IVG médicamenteuse. Ce qui n’est pas le cas.
Attendons de voir comment ils réagissent.

Je rappelle ma position (pour celles et ceux qui ne la connaissent pas).

1° le droit des femmes à avorter est inaliénable et je suis irréductiblement favorable à la loi Veil (et ça m’étonnerait que je change d’avis d’ici à la fin de ma vie...)
2° le droit des femmes à avorter ne justifie en aucune manière de leur faire courir des dangers inutiles (voir le texte ci-dessous), et surtout pas dans le cadre d’un service public comme une maternité ou un centre d’IVG. C’est contraire à la loi et à la déontologie qui exige, d’abord, de ne pas nuire.
3° choisir l’IVG est une décision difficile et personne n’a le droit d’en contester le droit aux femmes qui font ce choix.

Quant aux manoeuvres ayant pour objectif de culpabiliser ou de terroriser les femmes qui font ce choix en présentant l’IVG comme une procédure dangereuse, je n’ai pas de mot assez fort pour les qualifier. (Mais vous en trouverez sûrement un...)

Martin Winckler

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Je publie ici un échange avec une internaute qui a lu sur certains forums féminins que dans certains centres d’IVG on pratiquerait des IVG médicamenteuses au-delà du délai légal de 7 semaines d’aménorrhée. Voici ce qu’elle m’écrivait en septembre 2008.

Bonjour,

Que pensez-vous des hôpitaux qui font des IVG médicamenteuses après 7SA, jusqu’à 14 SA pour certains ? J’ai lu à plusieurs reprises des témoignages de patientes ayant subi des IVG médicamenteuses à ce stade, et qui n’ont pas eu le choix de la méthode. De plus, en général on ne leur avait pas parlé des inconvénients possibles (douleurs, fortes hémorragies, expulsion d’un foetus déjà assez gros...) et souvent cela s’est passé de manière très douloureuse physiquement (avec parfois aucun antalgique proposé hormis du spasfon ou du doliprane) et aussi parfois psychologiquement (choc de voir un foetus déjà formé expulsé dans les toilettes). Il y a plusieurs cas où les patients ont dû subir un curetage par la suite, l’expulsion ayant été incomplète.

Voir par exemple ce témoignage




Ces pratiques ont l’air courantes, à ce que j’ai vu, dans certains hôpitaux alsaciens, et d’après les discours de certaines participantes travaillant comme infirmières, il me semble que le motif serait surtout le "confort" des médecins, aucun ne voulant pratiquer une aspiration après un certain stade.

Il me semblait pourtant que les recommandations officielles étaient de laisser à la patiente le choix de la méthode, et de ne pratiquer les IVG médicamenteuses qu’avant 7 SA, l’efficacité étant moindre ensuite.

(Note de MW : C’est tout à fait vrai : voici l’état de la réglementation actuelle (sur le site officiel IVG.GOUV.FR))

Quel est votre avis à ce sujet ? Evidemment, quelques témoignages sur un forum ne permettent pas d’avoir une idée précise d’un phénomène, mais j’ai l’impression qu’à certains endroits on traite vraiment très mal les femmes voulant avorter (et que celles-ci sont vraiment en situation de faiblesse car de toute façon elles n’ont pas le choix). Si vous connaissez des associations qui pourraient enquêter un peu plus sur ce sujet, et dénoncer les mauvaises pratiques s’il y en a, ce serait sans doute salutaire.

E.


Réponse de Martin WInckler
(NB : Je rappelle que je parle ici en tant que médecin praticien travaillant dans un centre de planification (CH du Mans), et ayant pratiqué des IVG entre 1984 et 2007 dans le cadre du centre d’IVG du même hôpital...)

Mon avis est simple et très clair et fondé sur la législation :
d’après les récentes recommandations publiées fin 2010 par la HAS (Haute autorité de la Santé),, une IVG par mifégyne (associée à une prostaglandine) est désormais possible et autorisée, en centre spécialisé, jusqu’à 9 SA (9 semaines d’aménorrhée - délai depuis les dernières règles). Au-delà de ce délai, l’utilisation de la mifégyne associée à une prostaglandine n’est ni recommandée, ni autorisée, car elle est souvent un échec (expulsion incomplète nécessitant une aspiration) ; au-delà de 9 SA (car la datation échographique peut avoir quelques jours d’imprécision), on expose la patiente à des accidents et ce n’est pas acceptable ; jusqu’à 7 SA, l’IVG médicamenteuse est possible en ville, auprès d’un médecin (généraliste ou gynécologue) spécialement formé et agréé par le centre d’IVG le plus proche ; jusqu’à 9 SA la patiente DOIT avoir le choix de la méthode si les deux méthodes sont disponibles (et dans un centre d’IVG agréé, elles le sont toujours) ;

— en tout état de cause, une IVG médicamenteuse au-delà de 9 semaines n’est pas autorisée par la loi, et n’est pas recommandée en l’absence de données scientifiques probantes ; en plus de la mifépristone (RU 486), les médicaments administrés (prostaglandines) entraînent de puissantes contractions utérines et ne sont pas dénués d’effets secondaires (en particulier après 35 ans et chez les femmes qui fument, ce qui en contre-indique l’utilisation). Tout centre qui pratique des IVG médicamenteuses au-delà de ce délai le fait à titre expérimental et doit donc remplir les critères d’une expérimentation clinique (qui inclue le consentement informé et écrit des patientes concernées). Hors d’un cadre autorisé par le centre hospitalier et par la réglementation (loi de protection des patients dans le cadre des essais cliniques), cette expérimentation est interdite.

— l’IVG médicamenteuse en ambulatoire (prescrite au cabinet d’un médecin formé, dans le cadre d’un agrément avec le CIVG de sa région), reste autorisée seulement jusqu’à 7 SA.

— on ne peut pas imposer une IVG médicamenteuse à une femme qui n’en veut pas, même avant 9 SA (mais on peut lui faire savoir, à juste titre, qu’une aspiration trop tôt - avant 6 ou 7 SA - peut être inefficace, tout comme une IVG médicamenteuse trop tardive, après 9 SA, peut être inefficace..)

D’ailleurs, je rappelle qu’un médecin, d’après la loi, n’a pas le droit d’imposer QUOI QUE CE SOIT à un(e) patient(e), qu’il doit lui expliquer toujours précisément ce qu’il fait et lui demander son consentement à tout moment (je vous renvoie à Les Droits du patient, le livre que j’ai co-signé avec Salomé Viviana, magistrate et spécialiste du droit de la santé).


AUCUN GYNECOLOGUE, GENERALISTE OU CENTRE HOSPITALIER FRANCAIS NE PEUT IGNORER CES CONDITIONS DE PRESCRIPTION.


Et enfin : si vous avez entendu parler, ou subi une IVG médicamenteuse hors de ces délais légaux et hors d’un protocole d’essai clinique depuis fin 2010, vous êtes en droit de le signaler à la DDASS, au conseil de l’Ordre et au tribunal d’instance, car les médecins responsables sont passibles de prison. En ne respectant pas les protocoles établis, ils mettent, en effet, la santé et la vie des patientes en danger. Ce n’est, encore une fois, pas acceptable, et cela doit être dénoncé, tout comme on dénoncerait un médecin qui viole une patiente ou qui maltraite une personne âgée, ou qui pratique des interventions de chirurgie esthétiques sans objet.

Pratiquer la médecine ça ne consiste pas, pour un soignant, à plier les patients et les techniques à son confort propre ; ça consiste à donner les meilleurs soins, conformément aux pratiques reconnues et validées, et dans le respect de la loi et de la personne. Imposer, maltraiter, enfreindre, ce n’est pas du soin et ce n’est pas de la bonne pratique médicale.

C’est une violence. Et il n’y a aucune raison de la subir sans rien dire.

Les médecins qui profitent de la situation de détresse des femmes demandant une IVG en leur imposant contre leur gré une méthode dangereuse et illégale ne valent pas mieux que les dangereux avorteurs clandestins [1] qui sévissaient avant la loi Veil ;

Merci à CP pour m’avoir indiqué les nouvelles recommandations de la HAS

Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)

P.S.


Ce genre d’article incite en général certains médecins (pas toujours gynécologues, d’ailleurs) à écrire au conseil de l’Ordre de leur département pour protester contre mon "manque de déontologie" (traduire : mon absence de confraternité).

J’invite les praticiens qui seraient tentés de le faire à consulter au préalable attentivement le Code de la santé publique, un dictionnaire, et le texte de la loi de 2001 sur la contraception et l’IVG. Ils y liront noir sur blanc que
- 1° dans le code de déontologie, le respect du patient et de la loi précède (et l’emporte sur) la "confraternité" ;
- 2° dans le dictionnaire, "confraternité" n’est pas synonyme de "complaisance", ni de "complicité", et encore moins de "association de malfaiteurs" ;
- 3° dans le texte de loi et les décrets qui l’accompagnent, la délivrance de mifépristone pour provoquer une IVG médicamenteuse après 7 semaines d’aménorrhée est interdite.

S’ils ont encore envie ensuite d’écrire au conseil de l’Ordre pour dire "M’sieur, Winckler il m’a traité", ils le feront, au moins, avec une mauvaise foi éclairée.

[
Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)


[1Note importante : Par "avorteurs", j’entends les personnes (hommes et femmes) qui pratiquaient pour de l’argent, et non par solidarité avec les femmes, des avortements non médicalisés dangereux ; à mes yeux, les militants du MLAC et les partisans de l’IVG qui pratiquaient bénévolement des IVG médicalisées avant que la loi ne soit votée n’étaient pas des "avorteurs", mais des soignants... CF Les Trois Médecins ; merci à FM pour sa judicieuse remarque.




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